Pratiques de montage et ornementalité dans les festivités éphémères au premier âge moderne

(2016) Textimage - Le Conférencier — Vol. Entre textes et images: montage / démontage / remontage, n° 6 (2016)

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Aujourd’hui considérées comme des objets culturels éminemment complexes, et constituant un champ d’investigation fertile pour la recherche, les festivités éphémères du premier âge moderne se présentent aussi comme un lieu privilégié pour appréhender la question du montage au cours de cette période . Avec ses constructions éphémères sophistiquées juxtaposant images, textes, machineries et personnes vivantes, avec ses cortèges et ses chars de procession, avec ses représentations théâtrales et ses feux d’artifice, mais aussi avec ses acteurs multiples, comptant destinataires de prestige, artistes de renom, artisans en tous genres, érudits et gens du peuple, la fête se présente en effet comme un gigantesque montage de pièces hétérogènes. Objets, matières, formes symboliques, acteurs, espace et temps s’y superposent et fusionnent pour métamorphoser la réalité pré-existante en un nouvel espace-temps, où l’extraordinaire, le merveilleux et l’éphémère se substituent au quotidien, au familier et au permanent. Cette réalité éphémère – une réalité montée, assemblée, bricolée et démontée, comme on souhaite le montrer dans cette étude –, est chargée d’un sens nouveau, un sens que le spectateur est non seulement amené à décoder à travers l’interprétation du programme iconographique, mais aussi et surtout à éprouver à travers les sollicitations sensorielles que suscite l’expérience immersive de la fête. Au-delà de l’étude de la circulation et de la transformation du vocabulaire et de la syntaxe propres à la performance – usant de formes signifiantes anciennes recyclées, re-contextualisées et ré-actualisées dans le temps de l’éphémère –, et au-delà du message véhiculé par l’assemblage de textes et d’images, on souhaite ici porter notre attention sur le montage en lui-même, en l’envisageant dans sa portée phénoménale. Davantage que la signification qu’il produit, notre objectif est de comprendre la manière dont le montage spectaculaire produit cette signification, mais aussi comment ce montage constitue un vecteur de signification en soi. Pour ce faire, on s’attachera à montrer selon quelles configurations s’opère cette pratique de montage d’images, de textes, mais aussi de matières, d’objets, d’espace, de temps et d’hommes, en l’abordant plus particulièrement à travers la question de l’ornemental. En partant du principe que l’on ne peut pas séparer le message de son expression plastique et de l’appareil décoratif qui le présente, il s’agira de réévaluer la dimension ornementale de ces pratiques festives de la première modernité. On aimerait enfin démontrer que le spectacle, avec son caractère ornemental, bricolé, monté, assemblé, accumulé, mais aussi éphémère, démonté et remonté, se présente comme un outil théorique fécond pour réévaluer la tension figurale entre l’hétérogénéité et l’unifié, le discontinu et l’unité, le fragment et la fusion, une tension qui semble garante de l’efficacité du spectacle au cours de la première modernité. Afin de répondre à ces objectifs, je me baserai sur le corpus des festivités organisées par les jésuites dans les provinces belges (les provinces gallo- et flandro-belges) à l’occasion de la canonisation des saints Ignace de Loyola et François Xavier en 1622, et en particulier dans les villes de Bruxelles, Anvers, Louvain, Douai et Dunkerque, où les jésuites étaient particulièrement bien implantés. Tout en élaborant un nouveau langage de solennité, participant de la révélation du sacré et destiné à glorifier l’invisible – c’est-à-dire les saints –, les cérémonies organisées par les jésuites s’inscrivent au sein d’une tradition solidement implantée en Europe depuis le XVIe siècle, élaborée sur le modèle des Joyeuses Entrées dont elles empruntent largement le vocabulaire et la syntaxe. Plutôt que d’étudier les infléchissements qu’ils ont fait subir à leurs modèles, nous voudrions montrer en quoi le concept de montage infuse à différents niveaux le fonctionnement interne de ces performances. On partira du principe que le montage traverse, à des degrés divers, trois niveaux du processus festif, qui correspondent aux temporalités différentes que le livre de fête superpose et manipule : le niveau des dispositifs, qui correspond globalement au moment de la conception de la fête ; le niveau de l’expérience produite, contemporain des réjouissances ; et le niveau de sa restitution ekphrastique sous la forme d’un monument livresque, dans un temps que l’on peut dire commémoratif.
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Heering, C. (2016). Pratiques de montage et ornementalité dans les festivités éphémères au premier âge moderne. Textimage - Le Conférencier, Entre textes et images: montage / démontage / remontage(6). https://hdl.handle.net/2078.5/48674 (Original work published 2016)