La tension entre mise à part du peuple d'Israël (élection), du fait de sa consécration au Seigneur, et solidarité avec le reste des nations est au cœur de cette étude sur Ex 19 et Is 19. Comme on le sait, le premier texte, situé dans le contexte de la sortie d’Égypte, affirme que les enfants d’Israël seront la part personnelle de Dieu parmi tous les peuples, constitués en « un royaume de prêtres et une nation sainte » (Ex 19,6). L’oracle d’Isaïe, quant à lui, ose affirmer : « Bénis soient l’Égypte, mon peuple, l’Assyrie, ouvrage de mes mains et Israël mon patrimoine » (Is 19,25). Dans un premier temps, je montre qu’il s’agit de textes-clé, chacun étant unique en son genre, et difficilement datables ; j'entreprends ensuite ce que j'appelle un pilpoul entre les deux textes, dans un aller-retour où l’un s’éclaire par l’autre, pour conclure qu’Ex 19 « fonctionne comme une sorte de présent continu et de thème récurrent pour l’ensemble du corpus scripturaire » tandis qu’Is 19 « constitue au contraire un ‘point de fuite’, un horizon de promesses, certes encore utopique, mais dont la vertu principale est d’empêcher toute interprétation de l’élection d’Israël qui se clôturerait sur elle-même ».
Luciani, D., & et al. (2016). Exode 19 et Isaïe 19: deux pôles de réalisation et de promesse. In François Lestang, Marie-Hélène Robert, Philippe Abadie, Marc Rastoin (ed.), “Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu” (Ez 36,28). Réalisations et promesse (p. p. 86-112). Lessius.