L'étude des liaisons entre espacement des naissances et mortalité des enfants est un classique de la démographie historique. Le point a été abordé dans de nombreuses monographies, mais c'est sans doute John Knodel qui l'a traité avec le maximum de finesse pour trois villages de Bavière que distinguaient leurs traditions d'allaitement. Les conclusions contredisaient clairement celles des recherches antérieures et soulignaient la supériorité de l'analyse des données individuelles sur les corrélations écologiques. Elles montraient aussi la richesse des données rétrospectives qui permettent de différencier les comportements suivant la taille finale de la famille, de traiter des discontinuités dans les biographies de chacun, etc. Philippe BOCQUIER reprend ici la question pour une population africaine, oui elle se pose a peu près dans les mêmes termes que dans l'Europe ancienne. L'enquête utilisée n'a certes pas la précision des registres d'autrefois et l'auteur ne dispose pas d'un échantillon suffisant pour s'entourer des mêmes précautions méthodologiques que John Knodel et tirer le même parti que lui de l'observation rétrospective, mais ses conclusions diffèrent de celles qui résultent d'études comparables dans d'autres pays en voie de développement. Elles en remettent aussi en cause les conséquences politiques.
Bocquier, P. (1991). Les relations entre mortalité des enfants et espacement des naissances dans la banlieue de Dakar (Sénégal). Population, 46(4), 813-832. https://hdl.handle.net/2078.5/46129 (Original work published 1991)