Inventaire des signifiés ‘humains’ désignés par le mot "escripvain" (<*scribanem) et les formes de son paradigme morphologique (escripteur, escripveur, escripvant…) au Moyen Âge. Dans un premier temps, sont envisagés les termes du paradigme "(e)script", qui sont issus, directement ou par analogie, de l’étymon "scrib-" (§ 1). En distinguant les emplois où le sens du mot "escripvain" est indécis (§ 1.1.1.), ceux où il désigne un transcripteur (§ 1.1.2.) et ceux où il désigne un rédacteur (§ 1.1.3.), l'article montre que "escripvain" était un polysème, ce qui conduit à dégager le signifié de puissance du mot (§ 1.1.4.). Sont ensuite présentées quelques stratégies mises en œuvre par les locuteurs pour limiter, en partie, cette polysémie (§ 1.1.5.). Enfin, sont étudiés les emplois des autres termes formés sur "scrib-" : "transcripvain" (§ 1.2.), "(e)scripteur" (§ 1.3.), "escripveur" (§ 1.4.), "escripseur" (§ 1.5.), "escripvant" (§ 1.6.), "escrisant" (§ 1.7.), "scribe" (§ 1.8.). Dans un deuxième temps, l’on envisagera les termes du paradigme "graphe", qui sont issus de l’étymon "graphein" (§ 2) : "historiographe" ; "historiographeur" ; "tragediographe" ; "agyographe" ; "cosmographe" ; "antigrafe" ; "grafficateur". Dans un troisième et dernier temps, les données rassemblées sont interprétées, en particulier en regard des évolutions qui ont affecté le champ littéraire et la production du livre à la fin du Moyen Âge (§ 3). Ce n’est donc pas seulement l’auteur qui est venu à utiliser le mot "escripvain", en raison de son rapprochement avec le transcripteur dans les imaginaires et dans les pratiques effectives, mais le transcripteur, qui était nommé escripvain, qui est devenu un auteur.
Delsaux, O. (2014). Qu’est-ce qu’un “escripvain” au Moyen Âge ? Étude d’un polyséme. Romania : revue consacree a l’etude des langues et des litteratures romanes, 132(525-526), 11-158. https://hdl.handle.net/2078.5/45753 (Original work published 2014)