Les virus du bananier et plantain (Musa spp.) en République démocratique du Congo : occurrence, identification de nouveaux virus et diversité génétique
(fr) Les virus constituent une contrainte majeure à l’amélioration et aux échanges de germplasm du bananier et plantain (Musa spp) dans le monde. Les études récentes rapportent que six virus affectent le bananier et plantain (Musa spp) dont le Banana bunchy top virus (BBTV), le Banana streak virus (BSV), Cucumber mosaic virus (CMV), Banana bract mosaic virus (BBrMV), Banana mild mosaic virus (BanMMV), le Banana virus x (BVX). Le BBTV est considéré comme le virus le plus dévastateur présent dans au moins 14 pays africains y compris la République démocratique du Congo (RDC) où il a été détecté pour la première fois, en 1950, à Yangambi dans la région de Kisangani. La situation des autres virus du bananier demeure inconnue malgré que certains d’entre eux aient été détectés dans les pays limitrophes de la RDC. Le principal objectif de cette thèse a été d’élucider la présence des virus impactant la culture du bananier (Musa spp.) en RDC, leurs origines et leurs diversités génétiques. Les enquêtes épidémiologiques ont été menées en vue de rechercher les principaux virus du bananier. Un accent particulier a été mis sur les zones moins investiguées en RDC, particulièrement la province du Bas Congo, à cause de sa position géographique, pour la recherche des nouveaux virus. Plus de 666 échantillons de feuilles de bananier ont été collectés dans 122 sites et analysés en utilisant la PCR comme base technique. Le BBTV est un virus à génome multipartite composé d’au moins six ADN nommés ADN-R, M, N, C, U3, S. Au total 52 séquences complètes d'ADN-R et 30 séquences complètes de M, N, C, U3, S ont été étudiées en vue de comprendre son épidémiologie. Les analyses phylogénétiques et la comparaison des séquences nucléotidiques ont été réalisées pour tous les virus détectés (BBTV, BSV, CMV). Les résultats indiquent que le BBTV est le virus du bananier le plus répandu en RDC. Le facteur humain constitue le principal moteur de dispersion de ce virus, particulièrement à travers l’échange de matériel de plantation infecté. Les données indiquent une faible variabilité génétique des isolats BBTV et leur regroupement dans le sous-groupe Sud Pacifique. Les isolats congolais de BBTV sont proches entre eux et aussi proches de ceux des autres pays d’Afrique sub-Saharienne (SSA). Les résultats confirment aussi que l’Afrique aurait subi une double introduction du BBTV venant respectivement de Java et de Taiwan. La première introduction du BBTV fut en Egypte en 1901 et la seconde en RDC en 1950. Au niveau moléculaire, les données supportent une distribution sur le continent africain - la RDC semble être un foyer primaire de dispersion en Afrique. L’analyse des haplotypes basée sur la région codante de la protéine m-Rep montre la présence de 39 haplotypes (H1 à H39) avec des valeurs de diversité de 0,944±0,013 dont les plus répandus sont H17, H9, H7 et H24, représentant respectivement 31,6 ; 21,1 ; 21,1 et 27,0 % des isolats BBTV. Les symptômes de banana streak disease incluant les stries jaunes, l’éclatement du pseudo-tronc, le dépérissement de la feuille cigare ont été associés à la présence des espèces Banana streak virus (fréquence de 20 %). Les espèces BSV les plus répandues sont Banana streak GF virus (BSGFV) (fréquence = 68 %) et Banana streak OL virus (BSOLV) (fréquence = 25,5 %). Les bananiers à génome Musa acuminata sont les plus infectés par le BSV, ce qui suggère le développement d’une épidémie BSV suite à la transmission du virus des hybrides interspécifiques (génome B) vers le bananier dessert (génome A). La fréquence de la cochenille a été évaluée à 9,3 %, ce qui renforce l’hypothèse d’une transmission de Banana streak virus. Les isolats de BSGFV et ceux de BSOLV séquencés, se groupent dans le clade I reconnu comme un clade ressemblant les espèces BSV ayant une contrepartie endogène. Cucumber mosaic virus a été détecté (fréquence = 9,3%) principalement sur les échantillons asymptomatiques. L’analyse de la diversité génétique révèle une similarité élevée entre les isolats de la RDC. Ce qui appuie l’hypothèse de l’existence d’une unique souche de CMV qui se disperse à travers le pays. Malgré l’approche de collecte d’échantillons utilisée, Banana bract mosaic virus n’a pas été détecté dans les échantillons collectés. Ces résultats suggèrent que Banana bract mosaic virus demeure absent du Bas Congo, RDC.
Mukwa Fama Tongo, L. (2016). Les virus du bananier et plantain (Musa spp.) en République démocratique du Congo : occurrence, identification de nouveaux virus et diversité génétique. https://hdl.handle.net/2078.5/39625