Dans ce chapitre, nous nous centrons, en croisant les regards du droit et de la sociologie, sur le traitement que le droit belge et européen réservent à la famille migrante, et qui est largement en inadéquation avec les évolutions contemporaines de la famille telles qu’elles sont reconnues actuellement en Belgique dans le cadre des familles « sédentaires ». Le cœur de ce chapitre est consacré à la définition des contours de la « famille migrante » tels qu’ils sont dessinés par les règles régissant le regroupement familial demandé en Belgique par un ressortissant de pays tiers ou par un « national sédentaire », et ce à partir de l’examen de trois conditions qui sont imposées aux requérants, à savoir a) faire partie d’une famille nucléaire fondée sur des liens biologiques, b) disposer de ressources matérielles et financières « suffisantes » et c) faire état d’une continuité des liens au travers du temps. Nous discutons ensuite ces conditions au regard des évolutions de la famille contemporaine en Europe, et plus spécifiquement en Belgique, en abordant en particulier la question de la filiation, pour mettre ensuite en exergue la non-reconnaissance par le droit migratoire de la réalité des dynamiques familiales mises en avant par la littérature sur les familles « transnationales ».
Sarolea, S., & Merla, L. (2020). Migrantes ou sédentaires : des familles ontologiquement différentes? In Fillod-Chabaud Aurélie, Odasso Laura (ed.), Faire et défaire les liens familiaux - Usages et pratiques du droit en contexte migratoire (p. p. 23-46). Presses Universitaires de Rennes. https://hdl.handle.net/2078.5/28230