Depuis 2018, les manifestant·es pour le climat ont formulé les enjeux climatiques comme une question de vie ou de mort. Mais loin de seulement constituer le dénominateur commun du mouvement, la perspective d’une menace vitale fait l’objet d’une pluralité de mises en récit qui invite à questionner la relation entre les rapports au politique et les saisissements différenciés de la mort.
Au moyen d’une enquête quantitative et qualitative menée sur le mouvement pour le climat en France entre 2018 et 2024, cette thèse propose une « sociologie des formes de mort », nourrie par l’approche phénoménologique, en montrant que les différentes manières de se rapporter aux expériences négatives associées à la mort sont socialement différenciées. Elle montre d’abord qu’un rapport plus explicite à la mortalité s’articule, dans l’histoire du mouvement environnemental, à une plus grande radicalité politique. L’analyse quantitative confirme la corrélation, au sein des marches climat, entre l’intensité du rapport à la catastrophe et la radicalité. L’enquête qualitative approfondit ce résultat en faisant apparaître la manière avec laquelle les subjectivités militantes intègrent cette présence de la mort de manière diversifiée, selon les vies qui doivent être protégées, les temporalités de la menace, les responsables de la mort et les modalités d’incorporation de cette possibilité de mort. Enfin, au niveau organisationnel, des formes variées de politisation de la survie se dégagent et, loin de figer le politique dans la défense de la vie biologique, donnent à voir la pluralité des manières de conjurer la mort. La thèse montre ainsi que la forme de mort qu’il s’agit de conjurer influence les stratégies politiques du mouvement climat.
L’enquête ouvre finalement à une pensée du politique comme un conflit entre des régimes de conjuration de la mort et, en creux, à un horizon démocratique fondé sur l’accueil de la singularité de la forme de mort de l’autre et sur une éthique du devenir-condition du vivant.