Les arts martiaux et sports de combat (MACS) peuvent-ils contribuer à la prévention de la radicalisation violente, et dans quelles conditions ? Leur potentiel demande d’examiner les environnements sociaux qu’ils créent et les apprentissages qu’ils permettent, sans présumer que leur seule pratique suffit à produire des effets protecteurs.
Le guide technique de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC, 2026), Preventing Violent Extremism through Sport, définit cinq zones de prévention : espaces sûrs, inclusion sociale, éducation, résilience et pouvoir d’agir. Ces zones fournissent un cadre pour concevoir des programmes sportifs susceptibles de renforcer des facteurs protecteurs. Dans les MACS, chaque opportunité comporte cependant un risque : l’appartenance peut devenir exclusion ; la maîtrise de soi, domination ; la coopération, polarisation ; le leadership, autorité problématique ; et l’apprentissage du conflit constructif, valorisation de la violence. Ces tensions invitent à examiner comment la pédagogie, les relations et les normes collectives orientent les expériences des participants.
Le potentiel pédagogique des MACS s’étend également au-delà des dojos et des clubs. L’aïkido appliqué à la communication (De Baets & Van Praet, 2024) et le programme Rots en Water, connu internationalement sous le nom Rock and Water (Ykema, 2002), illustrent l’utilisation d’expériences corporelles pour développer des compétences psychosociales mobilisant l’autorégulation et la corégulation. L’expérience physique s’articule à l’observation des réactions, à l’expérimentation de réponses alternatives, à la mise en mots et au transfert vers des situations quotidiennes.
Cette démarche partage avec la communication non violente de Rosenberg (2015) une orientation relationnelle : prendre conscience de ses réactions et de ses besoins, reconnaître ceux de l’autre, préserver ses limites et construire une réponse qui ne repose ni sur l’attaque ni sur la soumission. L’aïkido appliqué enrichit la forme de cet apprentissage en engageant le corps et en proposant un modèle d’interaction issu de la pratique martiale. La pression, l’équilibre, la distance et l’ajustement réciproque rendent les dynamiques relationnelles perceptibles, apportant clarté et profondeur à leur exploration.
Une revue systématique, actuellement engagée par une task force internationale de la Martial Arts Studies Association (MASA), vise à recenser les connaissances disponibles sur la prévention de la radicalisation dans les MACS, ainsi que les travaux pertinents pour cette problématique. Trois axes organisent la recherche : effets, ressources et risques associés aux MACS ; programmes pédagogiques et conditions de fonctionnement ; apports de la prévention par le sport et leur transférabilité aux MACS.
Les environnements, les expériences, l’encadrement, l’enseignement et l’interprétation constituent des dimensions prioritaires à examiner, en tenant compte des contextes, des conditions, des publics et des différents styles d’arts martiaux et de sports de combat pratiqués. Leur étude doit permettre de préciser le potentiel des MACS pour la prévention de la radicalisation violente, tant dans les dojos et les clubs que dans des dispositifs pédagogiques mobilisant leurs principes en dehors de ces lieux.
Références
De Baets, G. A., & Van Praet, E. (2024). Aikido’s self-regulation and co-regulation: A promising embodied pedagogy for intercultural communication training. Sport in Society, 27(7), 1094–1117.
Rosenberg, M. B. (2015). Nonviolent communication: A language of life (3rd ed.). PuddleDancer Press.
United Nations Office on Drugs and Crime. (2026). Preventing violent extremism through sport: Technical guide.
Ykema, F. (2002). Het Rots & water-perspectief: Een psychofysieke training voor jongens. SWP.
De Baets, G. (2026, October 1). Sports et arts martiaux Communication non violente et prévention. Désinformation, polarisation et radicalisation : comprendre pour prévenir et agir, UCLouvain Saint-Louis Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/280928