L’article analyse la surpopulation carcérale belge comme une illustration
particulièrement révélatrice de l’ineffectivité des décisions de justice et, plus
largement, des fragilités de l’État de droit. Alors que les droits des personnes
détenues sont désormais consacrés par la loi et protégés par les juridictions
nationales et européennes, les violations structurelles des conditions de
détention persistent. La Belgique a ainsi fait l’objet de nombreuses
condamnations, notamment en raison de la surpopulation, sans que celles-ci
entraînent les réformes structurelles nécessaires. Le contentieux engagé par
Avocats.be, qui a conduit à la reconnaissance de la responsabilité civile de
l’État en raison de la surpopulation carcérale, illustre de manière
emblématique la possibilité que des décisions judiciaires, y compris
lorsqu’elles sont assorties d’astreintes, demeurent largement inexécutées. La
surpopulation est également invoquée pour justifier le contournement de
certaines normes légales et le non-respect de décisions de justice,
notamment dans le domaine de l’exécution des peines d’emprisonnement.
L’accumulation des condamnations et des astreintes, sans résolution durable
de la crise carcérale, révèle les limites des mécanismes juridictionnels lorsque
l’État lui-même est le débiteur de l’obligation d’exécuter. L’article souligne
enfin que la réponse ne peut être exclusivement judiciaire : elle suppose une
réflexion politique de fond sur les politiques pénales et carcérales, ainsi
qu’une meilleure information et sensibilisation de la société aux enjeux de
l’incarcération.
Nederlandt, O. (2026). Incarcérer coûte que coûte : l’Etat de droit à l’épreuve de la surpopulation carcérale. Revue interdisciplinaire d’études juridiques, 96(1), 173-207. https://doi.org/10.3917/riej.096.0173 (Original work published 2026)