Analyse stratégique de l'expérimentation institutionnelle dans le dialogue social sectoriel du commerce en Belgique et au Québec. Trajectoires et Travail d'expérimentation
Les institutions du dialogue social ne constituent pas des structures fixes : elles sont continuellement mises à l’épreuve par les transformations économiques, technologiques, sociales et politiques du monde du travail. En ce sens, il est important d’appréhender les processus par lesquels les acteurs du dialogue social cherchent, dans des situations d’incertitude, à construire, tester et ajuster de nouvelles solutions susceptibles de transformer les règles et les institutions, ce que l’on appelle des expérimentations institutionnelles. Si la littérature récente a permis de mieux comprendre ces processus, elle laisse encore des zones d’ombre quant à la place des rapports de force et à leur poids dans ces trajectoires d’expérimentation institutionnelle.
Ainsi, cette thèse interroge la question suivante : comment les rapports de pouvoir entre les acteurs du dialogue social façonnent-ils la trajectoire de l’expérimentation institutionnelle ? Pour y répondre, elle articule la littérature sur l’expérimentation institutionnelle, notamment les travaux de Murray et al. (2020) et les travaux en sciences politiques, avec l’analyse stratégique de Crozier et Friedberg (1977) et Friedberg (1997). Ce croisement théorique permet de dépasser une conception linéaire et processuelle de l’expérimentation pour analyser les interdépendances, les stratégies, les ressources, les zones d’incertitude et les reconfigurations du jeu de pouvoir entre les acteurs.
Ce travail de recherche repose sur une démarche qualitative et inductive fondée sur quatre études de cas dans le secteur du commerce, conduites dans deux systèmes de dialogue social : la Belgique et le Québec. En Belgique, sont étudiés la création de Commerce Training et le projet d’harmonisation des commissions paritaires du commerce. Au Québec, l’analyse porte sur l’introduction du vote électronique dans les pratiques syndicales dans le secteur et sur le projet de fusion des comités sectoriels, notamment dans le commerce, de la main-d’œuvre par la Commission des partenaires du Marché du Travail. La comparaison transversale de ces cas met en évidence différentes trajectoires d’expérimentation, marquées par des bifurcations, des blocages, des retours en arrière et des processus de stabilisation.
La thèse apporte quatre contributions principales. Elle propose d’abord la notion de travail d’expérimentation, qui désigne l’ensemble des activités collectives de problématisation, de recherche et d’interaction par lesquelles les acteurs construisent et orientent une trajectoire d’expérimentation. Elle propose ensuite une lecture de l’expérimentation en termes de trajectoires, en utilisant l’analyse des rapports de pouvoir comme moteur des transformations de ces trajectoires, et en déterminant les possibilités de bifurcation, de blocage et d’institutionnalisation. Elle propose ensuite de revoir le schéma de l’expérimentation institutionnelle, en passant du processus à un système d’expérimentation. Enfin, cette thèse revient sur la définition de l’expérimentation institutionnelle, jusque-là davantage adaptée au contexte de l’acteur étatique et des gouvernances, en proposant une définition plus en adéquation avec les réalités du dialogue social.
Colmont, C. (2026). Analyse stratégique de l’expérimentation institutionnelle dans le dialogue social sectoriel du commerce en Belgique et au Québec. Trajectoires et Travail d’expérimentation. https://hdl.handle.net/2078.5/280394