(fr) Cette thèse, au croisement de la sociologie du travail et de la sociologie du langage, porte sur l’humour au travail en mobilisant la sociolinguistique, la psychodynamique du travail et les études de genre. S’éloignant des approches prescriptives ou centrées sur les seuls aspects problématiques de l’humour, elle s’intéresse à la diversité des interactions humoristiques quotidien afin d’en saisir toute la complexité. Reposant sur une démarche abductive, la recherche s’appuie sur trois ans de collecte de données qualitatives, d’abord via du shadowing en milieu policier, puis des entretiens, avec des policiers et policières.
La thèse examine ce que ces pratiques humoristiques reflètent de la profession policière et des rapports sociaux qui s’y jouent, en particulier des rapports de genre. Deux axes structurent l’analyse : les rôles de l’humour dans la socialisation et la construction identitaire, et l’humour comme reflet des tensions liées à l’environnement et aux conditions de travail.
À travers blagues et anecdotes, c’est le rapport au travail qui se donne à voir : tensions, normes, manières de faire corps et de négocier sa place dans un collectif fortement hiérarchisé. Ressource ambivalente, l’humour apparait comme une compétence acquise par la socialisation, à la fois outil de cohésion et mécanisme de défense. Il constitue ainsi un analyseur privilégié du travail policier.