L'année 2023 marque un tournant pour les opérations de paix des Nations unies en Afrique, avec deux
évolutions majeures : le retrait contraint de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies
pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et l'amorce d'un désengagement progressif de la Mission de
l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo
(MONUSCO).
Ces fermetures de mission sont-elles conjoncturelles, ou révèlent-elles des changements structurels
plus profonds ? À travers une étude comparative de la MINUSMA et de la MONUSCO, il s'agit de
démontrer que ces clôtures sont le symptôme d'un essoufflement du modèle des grandes missions
multidimensionnelles tel qu'élaboré au lendemain de la Guerre froide.
En premier lieu, la note met en lumière le contexte de déploiement des missions de paix et
l'alourdissement progressif de leurs mandats. Déployées dans des théâtres où il n'existe pas
véritablement de paix à maintenir, ces missions ont connu d'importantes difficultés opérationnelles,
lesquelles ont progressivement entaché leur légitimité.
La deuxième partie traite des conséquences des évolutions systémiques de l'ordre international et de
la nature des conflits armés sur la capacité des missions à s'acquitter de leur mandat. Instruments
sécuritaires de premier plan dans les années 1990, décennie marquée par l'essor du multilatéralisme
onusien, les missions de paix perdent en légitimité avec l'émergence d'un monde multipolaire. Sur le
terrain, la MINUSMA et la MONUSCO se retrouvent parmi une pluralité d'acteurs concurrents, dans
une dynamique parfois entretenue par les États hôtes eux-mêmes. Plus encore, elles agissent sur des
théâtres de conflits en pleine mutation : fragmentation des acteurs armés, guerre asymétrique et
dynamiques transnationales.
Enfin, trois scénarios s'esquissent pour le maintien de la paix onusien après le retrait de la MINUSMA
et le désengagement progressif de la MONUSCO : la régionalisation des opérations de paix,
l'hybridation des acteurs et la transformation de l'ONU en instance de coordination et de soutien. Ces
scénarios comportent toutefois le risque de laisser un vide sécuritaire si la transition n'est pas
accompagnée de mécanismes crédibles de relève.
En conclusion, la fermeture de ces missions n'est pas tant une anomalie qu'un indicateur : celui de la
fin de l'ère de l'expansion des opérations de paix onusiennes, annonçant une reconfiguration du
maintien de la paix plutôt qu'une disparition proprement dite.
Liegeois, M. (2026). La fin d’un cycle ? Retraits onusiens en Afrique et recomposition du maintien de la paix. Notes de l’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix, 1(42), 1-19. https://hdl.handle.net/2078.5/279379 (Original work published 2026)