Rétablir l'autorité en première personne ? Le cas de la schizophrénie

(2026)

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Pierre-Henri Castel
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(fr) Les récits personnels de rétablissement (recovery) de la schizophrénie contiennent une affirmation de prime abord paradoxale. S’appropriant souvent l’idiome psychiatrique actuel, les auteurs de ces témoignages décrivent d’un côté, une souffrance subjective qui touche à leur « moi » le plus intime. D’un autre côté, ils prétendent avoir restauré une forme d’identité, d’intégrité et d’autonomie personnelles, en dépit de la persistance de symptômes. Il s’agit, en somme, de revendiquer la possibilité d’être une « personne avec schizophrénie » selon le jargon actuellement en vigueur dans la recherche et dans les politiques de santé, mais qui, en réalité, n’a rien d’évident. En effet, en quel sens peut-on se rétablir en tant que personne en dépit de symptômes que les malades eux-mêmes tendent à décrire comme des atteintes à leur subjectivité ? Telle est la question qui anime cette thèse. A travers une analyse inédite de récits de rétablissement en première personne publiés dans le Schizophrenia Bulletin, l’une des revues psychiatriques les plus influentes, nous croiserons philosophie et psychopathologie afin de poursuivre un double objectif : clarifier, d’une part, les conceptions philosophiques du sujet dans les approches prévalentes de la schizophrénie en psychiatrie, et en examiner les conséquences pour la compréhension de cette prétention d’un rétablissement « personnel » de cette maladie ; d’autre part, nous nous demanderons ce que le passage par le cas du rétablissement de la schizophrénie peut nous apprendre plus généralement de la subjectivité et la constitution de soi. En nous appuyant sur la philosophie grammaticale de Wittgenstein et sur des approches plus récentes de la subjectivité qui s’en inspirent, nous défendrons plus précisément que l’examen de ce cas est susceptible de révéler les limites des conceptions philosophiques qui restreignent la subjectivité à un rapport exclusif que chacun entretiendrait avec ses propres états d’esprit. Nous montrerons que, quel que soit le prisme que l’on adopte – qu’il soit phénoménologique, narrativiste ou que ce soit une approche qui accentue le rapport agentif du sujet à sa propre vie mentale –, de telles conceptions débouchent sur des disqualifications sceptiques du discours des « rétablis ». Elles occultent de ce fait les composantes sociales et interpersonnelles du rétablissement que ces derniers mettent en avant : des composantes dont il faut alors se demander si elles peuvent compter comme des vecteurs d’une véritable transformation de soi. Enfin, c’est la raison pour laquelle le cas du « schizophrène rétabli » invite à une réflexion sur l’articulation entre les dimensions psychologiques et sociales dans la constitution de soi.
Affiliations

Citations

Wannberg, R. (2026). Rétablir l’autorité en première personne ? Le cas de la schizophrénie. https://hdl.handle.net/2078.5/277317