Compte-rendu de Édouard Ebel, Laurent Lopez et Jean-Noël Luc (dir.), Gendarmerie mobile et maintien de l’ordre, Paris, Sorbonne Université Presses, 2025

(2026) Parlement(s). Revue d’histoire politique — Vol. 45 (2026)

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Édouard Ebel, Laurent Lopez et Jean-Noël Luc (dir.), Gendarmerie mobile et maintien de l'ordre, Paris, Sorbonne université presses, 2025. L'historiographie considère généralement la loi du 21 juillet 1921 comme l'acte fondateur de la gendarmerie mobile. Édouard Ebel, Laurent Lopez et Jean-Noël Luc ont saisi l'occasion du centenaire de cette création pour explorer plus largement, à l'occasion d'un colloque puis du présent ouvrage, l'exercice du maintien de l'ordre en France, du 19 e siècle à nos jours. Pour rendre compte de cette histoire inscrite dans la longue durée, l'ouvrage est structuré en sept parties, organisées selon un plan à la fois chronologique et thématique, dont nous ne mettrons en évidence, dans les lignes qui suivent, que quelques traits saillants, une revue détaillée envisageant chaque contribution (au nombre de vingt-six) n'étant pas envisageable. L'ouvrage s'ouvre sur une mise en perspective historique qui remonte au 18 e siècle-au moment où émergent les débats révolutionnaires et les théories de Guibert sur la nécessité d'une force publique de l'intérieur-et se poursuit tout au long du 19 e siècle. D'emblée, plusieurs contributeurs insistent sur un processus de création qui est, en réalité, lent et se déroule en plusieurs phases, parfois à tâtons. Jusqu'au début du 20 e siècle, le maintien de l'ordre reste une notion large et ambiguë. La polysémie de ce concept et le recours à l'armée (incluant toutes ses conceptions liées aux techniques de guerre) caractérisent l'encadrement des foules contestataires durant cette période. À côté de l'armée, la réponse policière aux troubles rassemble « une mosaïque de forces existantes », notamment des unités mobiles, adaptée au gré des circonstances. Aurélien Lignereux insiste cependant sur la nécessité de dépasser le récit téléologique d'un déploiement de forces publiques pour encadrer les foules et mater les émeutes au 19 e siècle considérés comme les prémices inéluctables de la gendarmerie mobile de 1921. Les différentes expériences d'unités mobiles de maintien de l'ordre antérieures disparaissent généralement avec la fin de chaque épisode de désordre. Le passage du Second Empire à la Troisième République marque une rupture. Après la répressions meurtrière de la Commune de Paris, l'armée devient de plus en plus réticente à l'idée d'envoyer la troupe afin d'exercer des missions de maintien de l'ordre. En parallèle, la dépénalisation de la grève conduit à des évolutions des pratiques des force de l'ordre qui cherchent à encadrer les foules manifestantes plutôt qu'à leur entraver le chemin ou à les disperser. La loi du 21 juillet 1921 est adoptée dans ce contexte. Le rôle de Clémenceau apparaît en outre déterminant dans ce processus de création des pelotons de gendarmerie dédiés à la police des foules. Il ne s'agit cependant là que d'une étape-certes importante-dans un processus au long cours. Plusieurs auteurs de l'ouvrage, à l'instar Laurent Lopez, inscrivent, en effet, la création de la gendarmerie dans un long processus de pacification, notamment pour éviter de recourir à la troupe lors de grèves et des manifestations de rue et de maintenir l'ordre en dehors des logiques locales inhérentes aux institutions policières municipales. Ente 1884 et 1930, sans que l'on puisse considérer d'ailleurs qu'une véritable « doctrine » se mette en place, le maintien de l'ordre devient progressivement l'apanage de la gendarmerie mobile (appelée « garde républicaine mobile » à partir de 1926). L'émergence de cette force de l'ordre s'accompagne d'un recul manifeste mais progressif de la troupe pour la police des foules qui s'efface définitivement après 1944. En outre, les difficultés rencontrées dans le financement et le casernement ralentissent le déploiement des pelotons dans les départements. Il faut attendre les années 1930-à l'instar d'autres services de police en France mais aussi à l'étranger-, pour voir, en réponse au contexte international (guerre d'Espagne, montée du nazisme en Allemagne, etc.), un réel déploiement de la gendarmerie mobile en provinces, en particulier dans les régions frontalières de l'Hexagone.
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Renglet, A. (2026). Compte-rendu de Édouard Ebel, Laurent Lopez et Jean-Noël Luc (dir.), Gendarmerie mobile et maintien de l’ordre, Paris, Sorbonne Université Presses, 2025. Parlement(s). Revue d’histoire politique, 45. https://hdl.handle.net/2078.5/276185 (Original work published 2026)