Après s’être inscrites dans la démarche historico-critique, les études islamiques sont passées de «l’hypercritique à l’évitement de la critique », certains allant même au-delà … En effet, dans un contexte marqué par une tendance à l’islamophobie, certains académiques, en ayant l’intention louable d’exonérer les musulmans du comportement d’un petit nombre d’individus prétendant incarner le «vrai islam», ont, de manière tout autant essentialiste, versé dans l’apologie en présentant celui-ci comme de tout temps pacifique – la violence des terroristes étant disqualifiée comme hétérodoxe. De la même façon, des intellectuels musulmans ont pu dépeindre l’islam comme intrinsèquement «rationnel» et «progressiste », en miroir positif de représentations orientalistes le dépeignant comme intrinsèquement «irrationnel» et «immuable ». Le plaidoyer n’est pas une mauvaise chose en soi, mais il s’agit de distinguer celui-ci de la démarche scientifique – le rôle des études islamiques «n’étant pas de dire quel est le » vrai islam «», mais bien celui de dire comment l’islam, «chaque» islam, est le «produit de circonstances variables qui lui sont propres. C'est à introduire à la diversité de telles démarches que s'emploie la présente contribution.
Legrand, V., Yakin, A., Dupret, B., Christians, L.-L., & Du Roy, G. (2024). Étudier l’Islam au 21e siècle : Passé, présent et avenir dans un monde glocalisé. In Vincent LEGRAND et Ayang Utriza YAKIN (ed.), Histoire, société et études islamiques au 21e siècle. Directions, connexions, approches (1 ed., p. p. 1-39). De Gruyter. https://doi.org/10.1515/9783110720815