(fr) En tant qu’anciennes puissances coloniales, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Espagne sont régulièrement confrontés à des débats publics autour de la gestion actuelle de leur passé colonial. La décolonisation de leur espace public, la reconnaissance de crimes coloniaux ou encore leur attitude actuelle vis-à-vis d’anciennes colonies constituent ainsi des exemples de questionnements qui occupent périodiquement les sphères médiatique et politique de ces pays. Dans ce contexte, l’année 2020, marquée par l’expansion du mouvement Black Lives Matter à la suite de l’assassinat de George Floyd, a constitué un moment charnière dans la manière dont ces débats avaient été envisagés jusqu’alors (Verbeke 2020, Mayo 2024). En particulier, des diasporas issues d’anciennes colonies ont dénoncé non seulement les conséquences actuelles du passé colonial, mais aussi l’exclusion de leurs propres voix de ces débats. De la même manière, des rapports de l’ONU sont venus appuyer l’urgence pour les anciens pouvoirs coloniaux de traiter ces questions. Mon projet de thèse s’intéresse à la construction discursive de ces débats dans un corpus constitué i) d’articles de presse belges, britanniques et espagnols parus entre 2020 et 2025 et abordant la relation entre ces pays et, respectivement, la RDC, le Kenya et la Bolivie, et ii) d’interviews réalisées avec des membres des diasporas congolaise, kényane et bolivienne vivant dans ces trois anciens pouvoirs coloniaux. Mes analyses interrogeront ce que signifie « être représenté·e » dans ces débats selon deux perspectives. La première concerne la représentation en tant que processus démocratique : à qui donne-t-on la parole dans ces articles pour s’exprimer sur des sujets postcoloniaux ? comment introduit-on cette parole et la personne de laquelle elle émane ? La deuxième se rapporte à la représentation discursive des anciens pouvoirs coloniaux et des anciennes colonies dans ces discours : comment parle-t-on de ces pays, avec quelle agentivité et quel degré de responsabilité ? Ma présentation sera centrée sur une série d’enjeux méthodologiques liés à l’étude du discours dans un contexte postcolonial. J’y aborderai, d’une part, la récolte de données médiatiques dans ce contexte : comment délimiter le discours postcolonial (au sens temporel et thématique) et comment sélectionner des données pertinentes en ce sens ? D’autre part, je poserai la question de la positionnalité du chercheur ou de la chercheuse par rapport à un objet de recherche tel que le discours postcolonial. J’exposerai l’état actuel de mes réflexions et de mes stratégies face à ces questionnements essentiels.
Niclaes, L. (2026). Etudier le discours en contexte postcolonial : enjeux et questionnements méthodologiques. Journée d’étude des (post)doctorants en sciences du langage de l’UCLouvain, UCLouvain - campus Saint-Louis Bruxelles.