Les criminologues à l’unité psychiatrique médico-légale : de la fabrication de « profils de risque » à la reconfiguration d’un certain type d’expertise

(2024) XVIIIe colloque de l’AICLF “Criminologies de terrain, terrains de criminologie” — Location: Liège, Belgique (21.May.2024)

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En Belgique, la prise en charge des personnes ayant commis une infraction et atteintes d’un trouble mental fait l’objet d’une mesure d’ « internement », privilégiant une intervention institutionnelle et résidentielle. Les personnes internées en libération à l’essai — phase probatoire de la mesure — peuvent être prises en charge au sein d’unités psychiatriques médico-légales (UPML), mises sur pied dans les années 2000. Le passage par ce genre d’unités vise à préparer les personnes internées en vue d’une réinsertion sociale prochaine. Pour ce faire, l’équipe évalue l’autonomie des personnes internées et le potentiel risque qu’elles représentent pour elles-mêmes et pour la société. Dans certaines UPML, des criminologues, épaulés par des psychologues, pratiquent une évaluation psychométrique du risque au moyen d’outils d’évaluation standardisés (« les échelles de risque »). Importés par les pays anglo-saxons, ces échelles doivent permettre de pallier les lacunes de l’évaluation classique dite « clinique », basée essentiellement sur le jugement des professionnels. Qu’en est-il en pratique ? Quelle place occupe concrètement les échelles de risque au sein des UPML ? Quel rapport se noue entre ces deux modes d’évaluation et que font ces outils à la professionnalité des criminologues ? Puisant dans les ressources de la sociologie des professions, et sur la base d’une enquête ethnographique menée pendant une année au sein de deux UPML en Belgique francophone (2021-2022), je montre que l’expertise des criminologues (ainsi que celle de certains psychologues) est (re)légitimée par l’usage des échelles de risque : jugés comme étant les seuls aptes à mobiliser ce type d’outil, leur présence à l’UPML devient indispensable. Et si les criminologues produisent un certain « profil de risque » des personnes internées au fur et à mesure du remplissage de l’échelle, les données des échelles récoltées permettent surtout une plus grande publicisation de leur pratique et celle des unités.
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Citations

De Spiegeleir, S. (2024). Les criminologues à l’unité psychiatrique médico-légale : de la fabrication de « profils de risque » à la reconfiguration d’un certain type d’expertise. XVIIIe colloque de l’AICLF “Criminologies de terrain, terrains de criminologie”, Liège, Belgique. https://hdl.handle.net/2078.5/274235