Cet article examine l’orientation décisive que la Kaʿba imprime à la composition des Futūḥāt makkiyya, l’œuvre majeure d’Ibn ʿArabī (m. 638/1240). Prolongeant l’analyse du « paradoxe de la Kaʿba » formulée par Michel Chodkiewicz, l’étude retrace l’articulation entre les événements visionnaires liés au sanctuaire qu’Ibn ʿArabī rapporte dans son ouvrage. La dialectique entre matérialité et immatérialité de la Kaʿba se révèle ainsi solidaire de celle qui oppose les limites de la Loi révélée à l’absolu de la réalité divine. L’article montre en outre comment l’expérience d’Ibn ʿArabī au sanctuaire l’amène à concevoir l’édifice comme le « cœur de l’être », intégrant sa dimension corporelle au centre de sa métaphysique. Il met enfin en évidence le lien entre la perplexité (ḥayra) suscitée par la Kaʿba et l’investiture de l’auteur comme « héritier muhammadien », chargé de « préserver la sacralité de la Loi ».
Vandamme, G. (2026). Le sanctuaire de la Kaʿba et ses dimensions symboliques dans les Futūḥāt makkiyya d’Ibn ʿArabī. Annales islamologiques, 60. https://hdl.handle.net/2078.5/274060 (Original work published 2026)