Travail domestique des migrantes et solidarité familiale transnationale : Des éléments-clés pour repenser l’accès à la défamilialisation dans les Etats sociaux européens

(2014) Sortir du capitalisme, sortir du sexisme. Les fausses bonnes idées pour les femmes. — ISBN: [2-87288-047-X], p. 177-197, published

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Le concept de défamilialisation a été abondamment mobilisé pour étudier le caractère genré des Etats sociaux et en particulier leur action pour diminuer la charge du care aux enfants et adultes dépendants pesant sur les femmes. Cette théorie, qui a indéniablement renouvelé le savoir sur les politiques sociales, doit néanmoins être confrontée aujourd’hui à l’importance grandissante de la migration « en lien avec le care », saisie à travers le concept de « care transnational ». Cette réalité migratoire complexe est d’une importance telle qu’elle est de nature à défier le postulat encore peu critiqué que les politiques sociales sont des phénomènes principalement nationaux et étanches (à l’exception de Van Hooren, 2011, Bode et Champetier 2012). La prendre au sérieux invite dès lors à revoir les concepts employés pour appréhender ces politiques. L’objectif de cet article est principalement théorique : il vise à réviser la théorie de la défamilialisation afin de mieux appréhender les transformations profondes à l’œuvre dans les Etats sociaux contemporains recevant une migration « en lien avec le care ». Son propos se déploie à partir de points d’intersection qui seront identifiés entre la théorie du care transnational et la théorie sur la défamilialisation. Celles-ci s’appliquent au départ à des réalités bien différentes et dans la littérature, l’emploi du concept de défamilialisation est réservé à l’analyse des « contextes Nord » tandis que celui du care transnational est réservé aux migrantes des « Sud ». L’originalité de cet article réside dans le décloisonnement de ces deux ensembles. L’article se décompose en trois parties. Dans un premier temps, les cas concrets de Yasmina et Natalia, travailleuses domestiques salvadoriennes en Belgique, seront présentés. Ils permettront de faire apparaître, dans une deuxième section, la migration comme facteur-clé des régimes de care européens aux propriétés plus ou moins défamilialisantes. Le propos sera élargi à la défamilialisation des migrantes elles-mêmes. Les cas de Yasmina et Natalia permettront, dans une troisième section, de s’interroger sur les conditions d’exercice du care transnational qu’elles continuent à fournir à leurs proches au Salvador. Les théories mobilisées offrent une analyse contrastée, voire paradoxale de ces conditions : la solidarité familiale transnationale a-t-elle nécessairement pour corolaire l’hyper-familialisation des migrantes? De leur rencontre surgit néanmoins des pistes concrètes de transformation des régimes de care et les politiques migratoires.
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Citations

Merla, L., & Degavre, F. (2014). Travail domestique des migrantes et solidarité familiale transnationale : Des éléments-clés pour repenser l’accès à la défamilialisation dans les Etats sociaux européens. In Catherine Bourgeois (dir.) (ed.), Sortir du capitalisme, sortir du sexisme. Les fausses bonnes idées pour les femmes. (p. p. 177-197). Université des Femmes. https://hdl.handle.net/2078.5/27379