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Cet article s’appuie sur des travaux menés au CIRTES visant à comprendre les processus d’innovation sociale dans les organisations qui relèvent de l’accompagnement à domicile des personnes âgées. La socio-économie polanyienne, qui sert de cadre analytique, est mobilisée pour étudier en particulier le phénomène d’hybridation des ressources socio-économiques qui caractérise l’innovation. Au cœur de ce cadre se trouve le concept de formes d’intégration économique (FIE) qui, comme le marché, la redistribution et la réciprocité, informent sur l’origine et la destination des moyens matériels qui circulent d’une unité sociale à une autre. Plusieurs travaux récents attirent l’attention sur l’intérêt heuristique, pour la conceptualisation de l’économie sociale et solidaire au Sud, d’une quatrième FIE présente dans l’œuvre de Polanyi, le householding , qui renvoie à l’interdépendance qui se crée au sein du groupe clos (unité domestique) et qui s’exprime notamment en termes d’autoproduction. Encore sous-théorisée au niveau du cadre analytique, elle est aussi sous-évaluée au niveau du terrain. Cet article a pour objectif de démontrer son importance pour l’analyse des terrains d’économie sociale au Nord. A l’instar des travaux récents, l’article développe la thèse d’un householding pratiqué dans le cadre d’un groupe fermé organisé sur la base d’une identité commune plutôt que sur une base autarcique et porte son périmètre au delà des liens de parenté ou de l’affiliation conçue comme héritée. Sur le plan empirique, il présente les résultats d’une étude réalisée au sein d’une structure d’habitat partagé intergénérationnel (HPI) qui se déploie progressivement depuis 2009 en Belgique. L’HPI désigne un mode de cohabitation selon une formule hébergement contre services entre deux personnes non parentes dont l’une est propriétaire, ici une personne âgée, et l’autre étudiant·e. L’organisation accompagnant l’HPI recrute les binômes et en assure le suivi. Dotée d’une procédure de sélection et d’appariement et fonctionnant sur une série de critères non formalisés relevant du champ du care, l’organisation participe à la construction de l’identité commune du binôme. Cette dernière est déterminante pour comprendre la stabilité de la logique d’approvisionnement qui se noue par le partage d’habitat. La démonstration porte sur la mise en évidence du rôle de ces différents éléments dans la forme particulière d’hybridation par le householding, inaperçue dans la grille qui privilégie le niveau organisationnel d’analyse sur le niveau institutionnel et ne retient que le triptyque réciprocité, redistribution, marché. L’article soulève par ailleurs la question complexe de l’imbrication des rapports sociaux (génération, genre, classe, nationalité, race) dans la construction des fondements du partage. Dans cet article à portée théorique et empirique, le dialogue entre théorie polanyienne et terrain de l’HPI est facilité par l’introduction de concepts de niveau intermédiaire issus de la littérature sur l’ESS tels que ceux d’hybridation, d’accompagnement de l’autoproduction et d’innovation sociale.
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Citations

Callorda Fossati, E., Degavre, F., & Lemaître, A. (2017). Où est passé le householding ? Contribution théorique et empirique ancrée dans un terrain d’habitat partagé intergénérationnel en Belgique (en voie de soumission à une Revue). https://hdl.handle.net/2078.5/273662