La présence thérapeutique constitue un élément central de l’Approche centrée sur la personne. Bien que Carl Rogers ne l’ait pas conceptualisé en ces termes, elle découle de l’expression des attitudes nodales : congruence, regard positif inconditionnel et compréhension empathique. Elle se manifeste comme un engagement total du thérapeute dans la relation, un état de disponibilité intérieure et de connexion à l’expérience du client. Shari Geller, en revanche, a formalisé et nommé la « présence thérapeutique », la définissant comme un état intentionnel à cultiver. Selon elle, le thérapeute doit développer cette présence activement, à travers des pratiques d’ancrage, de régulation et de réflexion, afin de soutenir un climat relationnel sécurisé et de favoriser la co-régulation psychophysiologique du client, en lien avec la théorie polyvagale. La présence thérapeutique se déploie sur un continuum expérientiel, intégrant les dimensions corporelles, émotionnelles, cognitives et relationnelles, et repose sur un va-et-vient constant entre attention à soi et à l’autre. Elle constitue un vecteur de transformation pour le client et un processus de croissance pour le thérapeute, qui développe sa congruence et sa réceptivité. Maintenir cette présence exige également la gestion du rythme, la vigilance sur le cadre thérapeutique et la prévention de l’épuisement professionnel. Cet article articule théorie, pratique et expérience clinique pour souligner l’importance de la présence comme compétence essentielle et existentielle en Approche centrée sur la personne, permettant de créer un espace de rencontre authentique, sécurisant et propice à la transformation partagée.
de Condé, H. (2025). Être présent.e au sein d’une profonde relation. Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 35(1), 36-48. https://doi.org/10.3917/acp.035.art004 (Original work published 2025)