Le syndrome douloureux régional complexe (SDRC) est une affection relativement rare, douloureuse et invalidante, dont l’évolution à long terme reste incertaine. Contrairement à ce qui est parfois transmis, les données actuelles suggèrent que peu de cas se résolvent intégralement et que la majorité des patients présentent encore des séquelles après 1 an, soulignant l’importance d’identifier des facteurs pronostiques dès les premiers mois. Nous avons mené une étude prospective multicentrique incluant 113 patients atteints d’un SDRC depuis moins de 6 mois. Les participants ont été évalués à l’inclusion, puis à 4, 5, 6 et 12 mois, à l’aide d’un protocole intégrant des mesures cliniques, sensorielles (QST), psychologiques, fonctionnelles et sociales. Quatre profils précoces ont été définis par une analyse de classes latentes (BE-CRPS profiles), basés sur des marqueurs cliniques et biopsychosociaux. À 12 mois, 35 % des patients remplissaient encore les critères cliniques du SDRC (critères de Budapest), avec des niveaux persistants de douleur, de handicap et une qualité de vie altérée. Le taux de retour au travail atteignait 69 %. L’analyse multivariée a mis en évidence, sur base des variables d’inclusion, plusieurs facteurs pronostiques indépendants prédisant l’évolution : un handicap initial élevé, un indice de masse corporelle élevé, un faible soutien social, des symptômes d’anxiété, et surtout un profil SDRC plus sévère (majoritairement déterminé par la sévérité psychosociale). En revanche, certains marqueurs historiques comme la température cutanée ou le type de SDRC n’étaient pas prédictifs. Ces résultats confirment l’hétérogénéité des trajectoires évolutives du SDRC dès sa phase précoce. Une évaluation biopsychosociale simple et rapide permet d’identifier les patients à risque d’évolution défavorable, et ouvre la voie à une prise en charge personnalisée et ciblée, dès les premiers mois du syndrome.
Louis, M.-H., Legrain, V., & Berquin, A. (2025). Facteurs pronostiques précoces dans le SDRC : vers une approche stratifiée potentielle. IVe SYMPOSIUM FRANCOPHONE DE RECHERCHE SUR LA DOULEUR, Lyon. https://hdl.handle.net/2078.5/267073