(fr) Cette thèse interroge les effets de la matrice ontologique coloniale sur l’expérience vécue par des sujets colonisés, plus particulièrement dans le contexte du développement en Amérique latine, à partir d’une perspective décoloniale. De manière générale, la thèse considère qu’approfondir la recherche sur ce qu’on appelle la « dimension ontologique de la colonialité » à travers le développement et, en général, l’expérience économique, est une manière pertinente de mettre en évidence les « conditions ontologiques » du fait colonial dans les projets historiques qui ont conduit ces peuples vers des situations permanentes de domination, d’inégalité, de violence et de mort. Pour cette raison, l’hypothèse principale de recherche est que les discours et les pratiques du développement qui ont opéré en Amérique latine, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, ont été formés par la matrice ontologique du pouvoir colonial (colonialité) et que, par conséquent, ils ont pu être mis en œuvre comme des instruments dont l’effet principal est la dépolitisation de l’économie. Suivant la première partie de la thèse, cette dépolitisation est liée, à la suppression des possibilités d’action et de luttes politiques émancipatrices (résistance politique). Mais comme tente de le montrer la seconde partie de cette thèse, il faut encore ajouter que l'annulation de la « résistance ontologique » est aussi le résultat de la violation du projet d’existence des communautés par la mise en œuvre de mécanismes tels que la race et le genre qui s’installent comme des « ontologies de la prise » dans le champ significatif de l'expérience vécue par des sujets colonisés (horizon de vie subordonné).