Aux alentours de 2 ans, l’enfant est introduit au code verbal oral, notamment à travers l’acquisition de la chaîne numérique verbale. Quelques années plus tard, l’enfant se familiarise avec les symboles écrits du code arabe. Ces deux codes numériques symboliques, les nombres verbaux oraux et les nombres arabes, sont les codes les plus fréquemment utilisés dans nos vies quotidiennes bien que d’autres codes, comme le code verbal écrit ou encore le code des nombres romains, sont aussi utilisés. Le passage d’un de ces codes numériques à l’autre fait référence au transcodage. La lecture à voix haute des nombres arabes ou leur écriture sous dictée sont les processus de transcodage les plus fréquents. Dans la lecture, le code d'entrée est le code arabe et le code de sortie est le code verbal, et inversement pour la dictée. Chacun de ces codes est caractérisé par un lexique spécifique, les chiffres de 0 à 9 pour le code arabe, et une trentaine de mots-nombres ou numéraux verbaux (un, deux, dix, onze, douze, vingt, mille…) pour le code verbal. Pour transcoder, il ne suffit pas de connaître ces différents lexiques et de les mettre en correspondance (savoir que 2 se dit deux et que quinze s’écrit 15). En effet, mille trois cent quatre ne s’écrit pas 1000 3 100 4 ! Des processus syntaxiques sont également à l’œuvre dans le transcodage pour gérer les liens de combinaison entre ces différentes primitives lexicales. Le code numérique arabe est un système positionnel en base 10 : le chiffre le plus à gauche du nombre est associé à la plus grande puissance de 10 et le dernier à droite est associé à la puissance zéro de 10 (s’il s’agit de nombres naturels). Ainsi, par exemple, 204 signifie 2 x 102, plus 0 x 101 plus 4 x 100 (voir chapitre XX pour plus de détails). Le code verbal présente lui aussi les mots dans un ordre particulier qui exprime soit des relations additives (par exemple, vingt-quatre signifie vingt plus quatre, ou cent trois signifie cent plus trois) et des relations multiplicatives (trois cents signifie trois fois cent). Ainsi, tout nombre verbal peut être représenté comme une série de relations additives et multiplicatives entre les quantités de base exprimées par chaque mot. Par exemple, trois mille deux cent quatre signifie (trois x mille) + (deux x cent) + quatre (Hurford, 1987). En français, les groupes de mots faisant référence à la plus grande puissance de 10 sont présentés d’abord, puis ceux faisant référence aux puissances de 10 plus petites (on dit trois cents [puis] vingt-cinq et pas l’inverse). Dans ce chapitre, nous verrons comment se développent ces capacités de transcodage chez l’enfant, son importance dans le développement mathématiques plus global, les modèles théoriques qui rendent compte de ces processus et, enfin, l’influence de la mémoire de travail et des caractéristiques de la langue utilisée sur ces processus.
Noël, M.-P. (2024). Le transcodage numérique : lire et écrire les nombres. In Marie Villain, Anne Lafay (ed.), Troubles de la cognition mathématique : de la compréhension à l’intervention. (p. p. 69-84). DeBoeck supérieur.