De la théorie au terrain: récits de pratique de chercheurs en Sciences de l'information et de la communication.

Fayad, François;Lambotte, François
(2010) XVIIe Congrès de la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication — Location: Dijon (23.June.2010)

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Notre proposition s’articule autour d’un projet de recherche en cours, réalisé conjointement par l’Université de Montréal et l’Université Libre de Bruxelles. Il vise à interroger les pratiques méthodologiques des chercheurs de langue française (Québec, Belgique) en Sciences de l’information et de la communication. Deux aspects nous ont paru particulièrement intéressants à explorer : les pratiques concrètes et quotidiennes des chercheurs en SIC et, dans ces pratiques, l’identification et la caractérisation d’un point de vue méthodologique proprement communicationnel. Bien qu’il existe de nombreux ouvrages de méthodologie en sciences sociales, très peu proviennent des SIC et la plupart sont de langue anglaise (voir par exemple, Berger, 2000; Stewart, 2002). Généralement très clairs et bien structurés, ces ouvrages présentent classiquement la méthodologie comme une série d’étapes successives et logiques (théorie, problématique, méthodes, analyse et discussion) et de procédures plus ou moins formalisées. Cette formalisation est toutefois souvent précédée d’un avertissement au lecteur, pour lui souligner qu’il s’agit en fait, dans la pratique, d’un processus beaucoup plus complexe et moins linéaire que les étapes présentées à travers les différents chapitres du manuel (par exemple, voir Laramée et Vallée, 2001; Bonneville et al, 2007). C’est cette idée de processus qui a été le moteur de notre projet, soucieux de repenser la manière dont on peut transmettre un certain savoir méthodologique qui soit ancré à la fois dans un questionnement préalable à toute recherche scientifique, mais également dans la pratique concrète et quotidienne des chercheurs de la discipline. C’est pourquoi le point de départ de notre recherche se situe dans des expériences et des rencontres avec des praticiens de terrain de langue française en Sciences de l’information et de la communication. Notre objectif est de dresser des portraits singuliers et diversifiés de pratiques de recherche en SIC. C’est à partir de ces portraits que nous voulons aborder et discuter non seulement les différentes phases « classiques » du processus de recherche en Sciences de l’information et de la communication mais aussi ce qui, du point de vue des chercheurs rencontrés, caractérise le point de vue proprement communicationnel de leur recherche. Pour ce faire, nous réalisons actuellement des entrevues sur le mode de récit de pratique, tel que développé par Bertaux (1976; Bertaux et Bertaux-Wiame, 1980) et repris entre autres par Houle (2003), afin de mieux comprendre comment, au quotidien, le chercheur construit, traduit, adapte, etc., les différentes phases méthodologiques de ses recherches. Ce faisant, il s’agit également de cerner le rôle et la place du contexte (social, économique, culturel, politique, etc.), dans lequel ces pratiques de recherche s’inscrivent, afin de comprendre en quoi ce contexte colore l’ensemble de la démarche. Quels sont les défis méthodologiques rencontrés au quotidien par les chercheurs en SIC ? En quoi ces défis sont-ils semblables ou différents en Belgique et au Québec ? Comment les contraintes et les impératifs institutionnels, temporels, financiers, etc. s’articulent-ils aux aspects méthodologiques de la recherche ? Par ailleurs, même si l’on peut reconnaître une spécificité aux problématiques communicationnelles, qu’en est-il des méthodologies mobilisées ? Peut-on parler de celles-ci comme étant propres aux Sciences de l’information et de la communication ? C'est à partir de différents portraits de chercheurs que nous tenterons de répondre à ces questions. Notre recherche mobilise l’entrevue ouverte récursive, telle que définie par Sherman Heyl (2001), c’est-à-dire qu’elle met l’accent sur la durée et la qualité de la relation qui se construit dans cette durée. À la première rencontre, c’est le participant qui mène l’entretien, en racontant une de ses recherches de A à Z (c’est-à-dire de l’idée émergente à la diffusion) et qui est caractéristique d’après lui de ses pratiques. Mais parler de ses pratiques, les peupler des personnes, événements, etc. qui comptent dans ces pratiques c’est aussi parler en même temps de certains souvenirs, de certaines personnes, du passé ou du présent, du général ou du particulier, bref, c’est faire ses propres « assemblages » (Latour, 2006). Or, tout ceci demande du temps et signifie concrètement qu’on ne peut fixer a priori la durée de chaque entrevue ni le nombre de rencontres pour chaque chercheur rencontré. La rencontre subséquente, tout en étant sur le mode de l’entrevue ouverte, nous permet de revenir à la fois sur certaines étapes ou moments-clés du processus de recherche que nous jugeons importants à aborder (ex : aspects réflexifs; moment où la théorie est mobilisée, etc.), mais aussi d’introduire des pistes et des réflexions qui ont émergé de l’écoute de la rencontre précédente et de la relecture de nos notes. En fait, cette forme d’entrevue, à la fois récursive et réflexive, se présente comme ce que Fontana et Frey (2005) nomment un accomplissement co-construit par le chercheur et le participant, c’est-à-dire qu’elle s’inscrit dans un temps modelé par la situation dans laquelle cet accomplissement a lieu. C’est donc à la fois les gestes concrets posés racontés, mais aussi les digressions, associations, trajectoires dans l’histoire de la personne qui se raconte qui participent, tous ensemble, à produire ces récits de pratique. Bien qu’il soit difficile actuellement de fixer le nombre exact de chercheurs rencontrés, nous comptons réaliser une vingtaine de récits de pratique (répartis entre la Belgique et le Québec) de chercheurs ayant des profils variés, tant au niveau de l'âge, du sexe et de l’expertise, que de leur approche théorique et leur posture épistémologique. Ce qui nous intéresse en effet n’est pas tant la généralisation que la diversité des points de vue. Le recrutement des chercheurs se fait au fur et à mesure que la recherche avance, par « boule de neige » mais après une connaissance minimale du profil du chercheur à recruter. Au stade où nous en sommes de notre projet (nous avons commencé les entrevues et la recension des écrits et réalisé nos premières analyses verticales), nous pouvons déjà voir toute la richesse et le potentiel que renferment ces parcours de chercheurs. Nous prévoyons avoir suffisamment avancé dans notre recherche en juin pour présenter non seulement notre projet et ses différentes étapes mais aussi quelques éléments d’analyse.
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Fayad, F., & Lambotte, F. (2010). De la théorie au terrain: récits de pratique de chercheurs en Sciences de l’information et de la communication. XVIIe Congrès de la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication, Dijon.