Entre ombre et lumière, analyse de la construction identitaire de Finance Watch. Les limites d’une communication transparente.

(2013) La communication transparente. Organisation, communication et transparence - Transparent Communication. Organisations, Communication and Transparency — Location: Bruxelles (21.November.2013)

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Cette proposition de communication s’inscrit dans l’axe « les rhétoriques de la transparence dans la communication des organisations ». « Si l’impérieuse transparence a si bien pris dans les consciences collectives, au point de devenir un de ces « impératifs catégoriques » kantiens éligibles à l’universalité, c’est que les carences en la matière se sont faites particulièrement criantes à partir du vaste mouvement de dérégulation financière des années 1980. » écrit Jean-Christophe Duhamel. Le monde de la finance est ainsi caractérisé par son opacité et sa complexité. C’est dans ce contexte que l’ONG Finance Watch a vu le jour, à l’initiative de députés européens. Finance Watch est aujourd’hui une association dont l’objectif est de faire prendre en compte la dimension d’intérêt général de l’industrie financière. Sa mission est de renforcer la voix de la société civile et de la faire peser dans les réformes de la règlementation financière, essentiellement européenne mais également déclinée au niveau national dans l’Union européenne. Elle a fait de la transparence un de ces trois principes de fonctionnement, à côté de l’indépendance et de la bonne gouvernance. A ce titre, un comité de transparence et d’indépendance est institué par les statuts dont le rôle est de préserver l’indépendance de la voix de Finance Watch. Organisation qui se veut transparente, elle en a également fait un objectif puisqu’elle plaide pour un système financier équitable, durable et transparent. La notion de transparence est donc centrale dans la création de l’ONG ainsi que dans son discours de légitimation. D’ailleurs, elle est inscrite au registre de transparence initié par le Parlement européen et la Commission européenne auquel peuvent s’inscrire les lobbies et autres groupes d’intérêt. Comme le soulignent Abélès et Bellier, « l’exigence même de transparence, souvent rappelée à Bruxelles, n’est pas seulement une clause banale, un produit de la langue de bois à usage externe ; elle doit s’interpréter comme une référence à la nécessité permanente de rendre des comptes (...). » Finance Watch est à l’intersection de deux mondes, celui des institutions européennes et celui de la finance, dans lesquels l’injonction de transparence est particulièrement criante, les deux traversant une crise profonde depuis quelques années. Ces deux univers sont également caractérisés par une forte complexité qui peut rendre opaque certains mécanismes. La question de l’éthique de la communication est ici centrale : de par la nature de l’organisation et les crises que la finance et l’Europe traversent, elle s’impose dans les discours et semble ainsi participer à l’injonction de transparence. Dans ce contexte, il s’agit pour nous de voir dans quelle mesure la transparence est utilisée comme ressource discursive dès la conception du projet Finance Watch, en mettant en lumière le contraste avec la nécessaire opacité qui s’impose pour écrire et construire l’ONG (la construction passe par l’écriture). Autrement dit, il s’agit ici d’étudier le paradoxe d’un processus de négociation et d’écriture à la fois ouvert et opaque qui a permis la création de Finance Watch. Cette proposition de communication a deux approches : dans un premier temps elle s’intéresse aux interactions et à la dynamique de légitimation de l’ONG, qui passe notamment par une communication centrée sur la nécessité d’une expertise accessible et transparente, dans un second temps elle se propose de reconstituer chaque étape du développement de l’ONG à travers les textes et supports du projet afin de confronter et faire raisonner ces deux approches et identifier ainsi ce qui est « communicable » et ce qui ne l’est pas. Cette analyse amènera une réflexion sur le rôle de l’opacité dans la stratégie communicationnelle d’une organisation. Elle se situe ainsi à l’interstice entre analyse de la communication sur la transparence et communication transparente. La politique de transparence doit ici être comprise comme mise en scène, au sens de Goffman, d’une organisation qu’il faut voir comme une « équipe de représentation ». L’organisation doit préserver sa face et, pour se faire, respecter certaines règles de civilité, au sens de Goffman. L’écriture, quant à elle, est pensée comme une activité déterminante à la fois stratégique et invisible. La méthodologie proposée est qualitative, comprenant à la fois des entretiens semi-directifs avec les acteurs qui ont joué et jouent encre un rôle clé dans le développement de l’ONG, de l’observation participante, à la fois pendant la phase de création de Finance Watch et au-delà, et l’analyse discursive des documents constitutifs de la naissance de l’organisation. L’approche est communicationnelle, s’intéressant à la fois aux acteurs (point de vue interactionniste stratégique de Goffman), aux discours (analyse discursive ) et à la manière dont ceux-ci sont organisés autour d’une injonction paradoxale : communiquer de manière transparente sur des évènements qui ne le sont pas nécessairement. D’ailleurs, comme le rappelle Simmel, « si la socialisation humaine est déterminée par la capacité de parler, elle est modelée par la capacité de se taire ».
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Citations

Roginsky, S., & Lambotte, F. (2013). Entre ombre et lumière, analyse de la construction identitaire de Finance Watch. Les limites d’une communication transparente. La communication transparente. Organisation, communication et transparence - Transparent Communication. Organisations, Communication and Transparency, Bruxelles.