Cet article analyse la manière dont Mathias Énard reconfigure la frontière en en faisant un dispositif perceptif et épistémologique plutôt qu’une ligne de différenciation spatiale. À travers Zone (2008), Boussole (2015) et Mélancolie des confins (2024), l’étude montre comment les frontières géographiques sont opacifiées : mises à distance par le cadre et la vitesse, troublées par les enchevêtrements ou réactivées sous forme spectrale. Énard prend en charge la polysémie et la polymorphie des frontières et fait de l’indétermination même un principe poétique. L’analyse met en évidence un trajet d’écriture fondé sur des motifs récurrents – présence fantomatique sur la vitre, troubles optiques, indécisions historiques, errance mentale – qui traversent les trois textes. En déformant la frontière, la littérature en brouille la logique, reconfigure la perception de l’espace et révèle les limites où s’articulent Histoire, géographie et récit.