De « l’innocence des temps monarchiques ». L’extraconjugalité propre à la vie de cour dans l’œuvre de Paul-Louis Courier (1772-1825)

(2025) Conjugalités à la cour de France. Moyen Âge - XIXe siècle — ISBN: [978-2-7574-4448-1], p. 35-52, published

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Le 13 février 1820, le duc de Berry, dernier héritier du trône, est assassiné à la sortie de l’Opéra. Cet assassinat, qui semble mettre à mal tout espoir de donner un successeur mâle à la branche aînée des Bourbons, entraîne la chute du ministère Decazes et le retour aux affaires des ultras, avec pour effet de porter un sérieux coup à la liberté de la presse, dont la licence (toute relative) est tenue pour responsable des événements. Tout espoir n’est pourtant pas perdu pour la monarchie : la duchesse Marie-Caroline, épouse du duc défunt, donne naissance en septembre 1820 à un garçon prénommé Henri, et bientôt connu sous le nom de duc de Bordeaux. Cette naissance miraculeuse n’est pas sans stimuler l’imagination de certains courtisans, dont le comte Adrien de Calonne, maréchal des logis de la Maison du roi. Désireux de sauver de la destruction le château de Chambord, symbole de l’Ancien Régime, celui-ci propose de lancer une souscription nationale en vue de racheter le château et de l’offrir au prince nouveau-né. Or cette proposition ne rencontre pas un enthousiasme unanime ; Paul-Louis Courier, pamphlétaire résidant à Véretz, en Touraine, et bien connu des lettrés du temps, s’élève aussitôt contre la souscription, au nom de l’immoralité inhérente selon lui à la vie de cour. C’est là l’idée centrale de son Simple discours, pamphlet paru fin avril 1821 dans lequel il se livre à une critique pour le moins virulente des mœurs dissolues de la cour, où l’extraconjugalité figure selon lui le moyen privilégié de l’ascension sociale. Or les termes dans lesquels s’énonce son propos ne pouvaient manquer d’attirer l’attention des sphères du pouvoir : « comme il n’est, ne fut, ni ne sera jamais, pour nous autres vilains, qu’un moyen de fortune, c’est le travail ; pour la noblesse non plus il n’y en a qu’un, et c’est… c’est la prostitution, puisqu’il faut, mes amis, l’appeler par son nom », assène Courier. Désireux d’appuyer sa critique au moyen d’une ironie ravageuse, le pamphlétaire use habilement de l’ellipse pour relater les épisodes les plus scandaleux de l’histoire de Chambord, théâtre de pratiques extraconjugales, où, raille-t-il, « tout respire l’innocence des temps monarchiques ». C’est à l’étude de ce discours sur l’extraconjugalité inhérente selon Courier à la vie de cour, de François Ier au Régent, que nous consacrerons notre intervention. L’analyse textuelle du Simple discours et du Procès de Paul-Louis Courier, compte-rendu polémique du procès intenté au pamphlétaire à la suite de cette charge contre les courtisans, nous permettra de montrer la manière dont Courier s’emploie, sous couvert d’une critique des mœurs de cour, à mettre en relief les points de convergence entre la monarchie d’Ancien Régime et la monarchie restaurée – entreprise aussi audacieuse que risquée alors que la Restauration prend un tournant nettement autocratique.
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Citations

Saintes, L. (2025). De « l’innocence des temps monarchiques ». L’extraconjugalité propre à la vie de cour dans l’œuvre de Paul-Louis Courier (1772-1825). In Flavie Leroux, Pauline Ferrier-Viaud (ed.), Conjugalités à la cour de France. Moyen Âge - XIXe siècle (p. p. 35-52). Presses universitaires du Septentrion.