A l’instar de ses voisins européens, la Belgique est régulièrement traversée par des mobilisations de sans-papiers en vue d’obtenir la régularisation de leur statut . Ces personnes s’organisent le plus souvent en collectif de lutte et déploient une série d’outils militants visant à faire pression sur les autorités politiques afin qu’elles accèdent à leur requête. L’analyse de plusieurs épisodes de lutte atteste du fait que la mise en valeur de ces outils propres aux sans-papiers mobilisés leur permet de se présenter comme des acteurs autonomes au sein du champ de la mobilisation (Blanc-Chaléard, 2014 ; Hajjat, 2015). Pour autant, la situation des sans-papiers ne leur permet pas toujours de jouir de manière indépendante de l’ensemble des ressources nécessaires à la bonne tenue d’un mouvement social. Ils n’ont dès lors d’autre choix que de s’appuyer sur celles d’acteurs de la société civile solidaires de leur cause pour visibiliser davantage leur mobilisation. Il en résulte que le mouvement social en faveur de la régularisation est le plus souvent hybride, composé à la fois d’acteurs « avec » et « sans » papiers. S’en suit une forme d’antinomie : alors que l’enjeu de l’autonomie apparaît central pour les luttes de l’immigration (Bouamama, 2008), cette autonomie des premiers concernés semble contredite dans les faits par leur besoin impérieux de s’appuyer sur des soutiens extérieurs. Comment expliquer cette forme de paradoxe ? Pourquoi des acteurs nécessitant le soutien d’autres maintiennent l’affirmation de l’autonomie de leur action ? Que recouvre in fine cette notion pour les acteurs sans-papiers mobilisés ?
Vertongen, Y. (2025). L’autonomie des militants sans-papiers. Le cas de la Coordination des sans-papiers de Belgique. In Marie BASSI, Pauline BRÜCKER, Olivier CLOCHARD, Hélène LE BAIL, Clara LECADET (ed.), Exil et Politique Résistances, engagements et mobilisations en migration (Le Cavalier Bleu). Le Cavalier Bleu.