À partir du XVIII e siècle, en Europe, cartographier le territoire, compter la population et visibiliser le réseau des autorités contribue à concrétiser le rôle de l’État pour les habitants. Une des institutions les plus représentatives de cette implantation étatique estla gendarmerie nationale, réorganisée par la Révolution française. Actrice centrale de la pacification des territoires en France et en Europe, cette force militaire est introduite en 1796 dans les départements belges à peine conquis, pour sécuriser les axes routiers, quadriller les campagnes et maintenir l’ordre en milieu urbain. Dès avant la fondation de la Belgique indépendante, la gendarmerie marquera le système policier belge de son empreinte et la caserne devient le lieu tangible de ces transformations de l’ordre public. Implantée au canton, la caserne est un nœud du maillage du territoire. Réaffecté, acheté, loué ou construit, le bâtiment témoigne sur une chronologie parfois longue, de la proximité du pouvoir avec les populations locales, des circulations entre les décisions centrales et des préoccupations locales en matière de sécurité ainsi que des pratiques nouvelles de gouvernement face au risque de désordre.
Mazy, V., Rousseaux, X., & et al. (2025). La caserne au canton. La gendarmerie belge au prisme de son implantation territoriale (1796-2001). Revue Belge d’Histoire Contemporaine, 55(3-4), 216-265. (Original work published 2025)