Dans la plupart des pays occidentaux, les fédérations sportives s’appuient sur la collaboration avec leurs clubs pour accomplir la mission centrale de développement de leur sport. Alors que de nombreuses études se sont intéressées aux collaborations dans le domaine sportif, on en sait moins sur cette collaboration singulière et particulièrement sur son évaluation (Babiak et al., 2018). Pourtant, cette évaluation est cruciale pour comprendre l’efficacité de ces collaborations, notamment, sur l’atteintes des buts organisationnels des clubs et par extension le développement du sport. Misener et Doherty (2013) soutiennent qu’en tenant compte du lien entre le processus et les résultats des collaborations, leur évaluation offrirait de nouvelles perspectives et permettrait d’en améliorer la gestion. Par conséquent, cette étude a pour objectif d’évaluer les collaborations entre les fédérations sportives et leurs clubs en examinant la relation entre le processus de la collaboration et son efficacité perçue dans l’atteinte des buts organisationnels des clubs. Cette recherche répond à la question suivante : « Quelles dimensions du processus de collaboration entre une fédération sportive et ses clubs sont associées à l’efficacité perçue de cette collaboration dans l’atteinte des buts organisationnels des clubs ? ». Les données ont été collectées au moyen d’une enquête en ligne. Cette enquête a été envoyée aux présidents des clubs sportifs belges francophones via leur fédération ou leur municipalité. En raison du RGPD, le nombre exact de clubs ayant reçus l’enquête n’est pas connu. Au total, 1992 clubs ont répondu à l’enquête. Après suppression des données incomplètes ou aberrantes, n = 666 clubs ont été inclus dans l’analyse. Cinq régressions linéaires multiples ont été menées à l’aide du logiciel IBM SPSS 25. Sur base de l’étude de Nagel (2008), cinq principaux buts organisationnels des clubs sportifs ont été identifiés. Les cinq variables dépendantes sont l’efficacité perçue de la collaboration dans l’atteinte de chacun de ces buts organisationnels (i.e., but lié à l’organisation [1] ; but lié aux membres [2] ; buts de sport pour tous [3] ; buts de compétition [4] ; but social [5]). Les cinq variables indépendantes sont les cinq dimensions du processus de collaboration (i.e., Gouvernance, Administration, Autonomie, Réciprocité et Confiance) issues de l’échelle de mesure de collaboration développée par Thomson et al. (2007). Toutes les variables ont été mesurées à l’aide d’une échelle de Likert. Les résultats indiquent que la dimension « Réciprocité » est significativement associée à l’efficacité perçue de la collaboration dans l’atteinte de l’ensemble des buts organisationnels des clubs ([1] : .355*** ; [2] : .382*** ; [3] : .372*** ; [4] : .276*** ; [5] : .238***). La dimension « Confiance » est significativement associée à l’efficacité perçue de la collaboration dans l’atteinte de quatre buts organisationnels ([1] : .214*** ; [2] : .137* ; [4] : .150* ; [5] : .117*). La dimension « Administration » est significativement associée à l’efficacité perçue de la collaboration dans l’atteinte de deux buts organisationnels ([4] : .127* ; [5] : .186**). La dimension « Gouvernance » est significativement associée à l’efficacité perçue de la collaboration dans l’atteinte d’un seul but organisationnel ([3] : .116*). Enfin, la dimension « Autonomie » n’est significativement pas associé à l’efficacité perçue de la collaboration dans l’atteinte des buts organisationnels des clubs. La contribution théorique de cette recherche est double. Premièrement, les résultats mettent en évidence que la réciprocité ainsi que la confiance entre les fédérations et les clubs sont des facteurs cruciaux de l’efficacité perçue de cette collaboration dans l’atteinte des buts organisationnels des clubs. De ce fait, cette recherche soutient empiriquement les résultats d’autres chercheurs tels que O'Boyle et Shilbury (2016) qui ont mis en évidence le rôle déterminant de ces deux dimensions, conceptuellement proches, dans l’efficacité des collaborations au sein du système sportif à but non lucratif. Deuxièmement, cette étude offre de nouvelles perspectives sur l’évaluation des collaborations entre organisations sportives à but non lucratif et répond à la demande de certains chercheurs de ne pas se limiter aux résultats de la collaboration lors de l’évaluation de celle-ci mais d’également tenir compte de son processus (Misener & Doherty, 2013). Pratiquement, cette étude encourage les fédérations et les clubs à repenser leur processus de collaboration. Une attention particulière devrait être portée à la création de confiance ainsi qu’à l’échange de ressources et d’informations entre les fédérations et les clubs. La réciprocité entre ces acteurs du système sportif non lucratif pourrait notamment être renforcée en incitant une communication « bottom-up », par exemple avec l’organisation de réunions de brainstorming ou l’utilisation de plateformes digitales.
Lefebvre, A., Zeimers, G., & Zintz, T. (2020). Efficacité perçue de la collaboration entre les fédérations sportives et leurs clubs : rôle du processus de collaboration. Conférence de la Société Savante en Management du Sport, En ligne.