Qu’est-ce que le féminisme fait à la philosophie ? Si les philosophes féministes s’interrogent inévitablement sur ce que l’absence des femmes fait à la philosophie, en soulignant le sexisme et/ou en montrant que leur invisibilité fabrique un corpus au « masculin universel » (Collin, Pisier et Varikas 2011), elles problématisent également les outils de la philosophie, comme les concepts de théorie (en relation d’opposition avec la pratique mais également dans son processus, la théorisation), de pensée, de savoir ou encore de vérité. Plus précisément, je déplierai les tensions épistémologiques de trois philosophes féministes : Françoise Collin, qui problématise la tension entre théorie et pensée (2001) ; Donna Haraway, qui s’explique sur son travail de théorisation en proposant le concept de thinking technology (2006) ; et enfin, Geneviève Fraisse, dans « La lucidité des philosophes » (1992) complique ce que savoir veut dire, selon que l’on fasse une lecture virile ou féminine des canons philosophiques.