La numérisation des services considérés comme essentiels , qui s’est accélérée à la suite des mesures de distanciation sociale relatives à la crise sanitaire de la COVID-19, pose la question de l’accès aux droits pour tous les citoyens belges. Le baromètre de l’inclusion numérique, initié en 2020 par la Fondation roi Baudouin et développé par les chercheurs de l’UCL et de la VUB, a permis d’objectiver la persistance d’inégalités dans l’accès, dans l’usage et dans la mise à profit des possibilités offertes par les technologies numériques (TN) et en particulier par internet. L’idée d’une fracture numérique qui diviserait la société en deux (les personnes à l’aise avec le numérique d’un côté et celles qui ne le sont pas de l’autre) et qu’il conviendrait de réduire pour que tous les citoyens puissent jouir des bénéfices d’une société toujours plus numérisée semble quelque peu caricaturale au regard de la complexité des mécanismes d’exclusion qui sont à l’œuvre, dans un contexte marqué par le développement et le renouvellement constant des technologies et des procédures numérisées. Face à cette situation, s’assurer de la pleine participation de chacun à la société numérique s’impose comme un objectif prioritaire. Ainsi, en s’appuyant sur le Fonds européen de relance, le SPP Intégration sociale, en collaboration avec Karine Lalieux, ministre de l’Intégration sociale et de la Lutte contre la pauvreté, a lancé le projet e-inclusion pour la Belgique. Il s’agit notamment de financer des projets proposant de lutter contre les inégalités numériques et s’efforçant d’inclure les personnes vulnérables sur ce plan. Ce projet bénéficie d’un soutien scientifique assuré par les équipes de recherche de la VUB, de l’UGent, de l’UCLouvain, de l’UNamur, de l’ULiège et de LEVUUR (cabinet spécialisé dans l’intervision et la consultation multipartite). Il prévoit, entre autres, une réactualisation et un enrichissement du baromètre de l’inclusion numérique. Cette dernière mission s’appuie sur le constat que les difficultés et les besoins des publics visés par le projet en termes d’accès à internet, de motivation à l’utiliser, de compétences et/ou de capacités d’utilisation, sont autant de cibles (DiMaggio et al., 2004) qui doivent être réévaluées régulièrement. Par conséquent, l’objectif est de produire des chiffres sur l’évolution des trois principales formes d’inégalités socio-numériques mises en exergue dans la littérature scientifique (Granjon, 2022 ; Ragnedda, 2017 ; Robinson et al., 2020 ; Van Deursen et Helsper, 2015 ; Van Dijk, 2020), à savoir : les inégalités dans la qualité de l’accès aux technologies numériques ; les inégalités de compétences numériques et d’utilisation des technologies numériques et d’internet en général ; les inégalités en termes d’avantages tirés de l’utilisation de internet dans l’accès aux services considérés comme essentiels pour la pleine inclusion des personnes dans la société. Ce baromètre 2023, effectué par l’équipe de recherche du CIRTES UCLouvain, avec la contribution de l’UGent, s’inscrit dans la continuité des baromètres de l’inclusion numérique réalisés depuis 2020 à la demande de la Fondation Roi Baudouin (Brotcorne et Mariën, 2020 ; Brotcorne et Faure, 2021 ; Faure, Brotcorne et Mariën, 2022). Il s’en distingue toutefois en par son inscription dans le projet e-inclusion pour la Belgique. Dans ce nouveau cadre, de nouvelles dimensions des inégalités sociales numériques sont traitées dans cette version-ci. Elles concernent la perception des avantages de l’utilisation d’internet pour accéder aux services essentiels, le sentiment d’exclusion des personnes peu ou pas internet, les difficultés rencontrées dans l’usage des services essentiels, la possibilité de recourir ou non à un tiers pour accéder à ces services et, par extension, accéder à ses droits sociaux. Ce baromètre 2023, effectué par l’équipe de recherche du CIRTES UCLouvain, avec la contribution de l’UGent, s’inscrit dans la continuité des baromètres de l’inclusion numérique réalisés depuis 2020 à la demande de la Fondation Roi Baudouin (Brotcorne et Mariën, 2020 ; Brotcorne et Faure, 2021 ; Faure, Brotcorne et Mariën, 2022). Il s’en distingue toutefois en par son inscription dans le projet e-inclusion pour la Belgique. Dans ce nouveau cadre, de nouvelles dimensions des inégalités sociales numériques sont traitées dans cette version-ci. Elles concernent la perception des avantages de l’utilisation d’internet pour accéder aux services essentiels, le sentiment d’exclusion des personnes peu ou pas internet, les difficultés rencontrées dans l’usage des services essentiels, la possibilité de recourir ou non à un tiers pour accéder à ces services et, par extension, accéder à ses droits sociaux. Le présent rapport est basé sur une analyse statistique secondaire de la principale source de données disponibles en Belgique en termes d’accès, d’équipement, de compétences numériques et d’utilisation des technologies numériques, notamment internet : l’enquête fédérale sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) par les ménages et les personnes de 16 à 74 ans, son édition 2022 plus précisément. Cette enquête est menée annuellement par Statbel (Direction générale des statistiques — Statistique Belgique) et coordonnée au niveau européen par Eurostat. Contrairement aux autres enquêtes existantes en Belgique, celle-ci a l’avantage de couvrir les trois régions du pays — Flandre, Bruxelles et Wallonie. Bien que cette base de données soit représentative au niveau belge, elle présente certaines limites, comme le fait de ne pas tenir compte des personnes âgées de 74 ans et plus. Par conséquent, ces données fédérales seront, à la marge, complétées par d’autres enquêtes, notamment par le « Digimeter » qui est réalisé annuellement auprès des citoyens flamands par le groupe de recherche imec-mict-UGent. La première partie de ce baromètre revient sur les évolutions en matière d’accès aux technologies numériques et à internet en mettant en exergue les principales évolutions depuis 2019. Elle s’intéresse plus particulièrement aux conditions d’accès aux technologies numériques et aux divers freins à un accès de qualité ainsi qu’au sentiment d’exclusion généré par l’absence de connexion à internet à domicile. La seconde partie est consacrée à l’évolution des modalités d’accès à internet (via, notamment, les appareils utilisés par les internautes pour se connecter) ainsi qu’aux compétences numériques parmi les différentes catégories de la population. Il est à noter que cette variable n’était pas disponible en tant que telle dans l’enquête 2022 effectuée par Statbel. C’est pourquoi l’indicateur retenu pour évaluer ces compétences est la diversité des usages d’internet. La troisième partie propose de faire le point sur l’évolution de l’utilisation de quelques services numériques considérés comme essentiels dans la mesure où leur faible utilisation ou leur non-utilisation peut produire des discriminations sur le plan de l’accès aux droits sociaux. Il s’agit des démarches administratives, des soins de santé, des services bancaires et des opportunités commerciales relatives à la consommation de biens et de services. La nouveauté de cette nouvelle édition du baromètre consiste à inclure l’utilisation de l’e-formation dont les impacts peuvent s’avérer significatifs pour les publics sans emploi et précarisés. La quatrième partie présente l’originalité de s’intéresser aux difficultés liées à l’usage des services numérisés : les difficultés ressenties et les difficultés réellement rencontrées par les internautes, avec un focus sur les services publics pour le second point. Enfin, la cinquième et dernière partie consiste à investiguer le recours à l’aide un tiers pour accéder aux services numérisés essentiels en opérant une distinction entre le fait de recourir à un soutien et le fait de déléguer l’opération à d’autres. Il s’agit là d’une nouveauté de l’édition 2023. D’un point de vue transversal, ce nouveau baromètre s’attache à dégager la relation entre divers facteurs sociodémographiques et socio-économiques (par exemple, l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, le statut professionnel, le niveau de revenu, mais aussi le fait d’être en situation d’invalidité, d’être en situation de monoparentalité ou encore d’être nés dans un pays hors Union européenne) et certaines variables relatives au contenu des cinq parties du rapport.