Depuis l’année 2017, dans un contexte qui tend au durcissement de la politique migratoire, Bruxelles a vu arriver les dits “migrant·es en transit” : une population hétérogène en mouvance, aux situations juridiques diverses, cumulant des vulnérabilités et exclue du réseau d’accueil institutionnalisé. En parallèle de la réponse du gouvernement fédéral belge, principalement répressive, des solutions d’accueil et d’information spécifiques ont émergé de la société civile, du secteur associatif et des ONG, et ont été soutenues par le gouvernement régional bruxellois (Costa Santos et Demanche, 2018). Les pratiques locales d’accueil des migrant·es en transit soulèvent de nombreuses questions en lien avec le rôle des politiques migratoires dans la construction de catégories de migration et de leur impact sur la mise en œuvre de l’action publique, les pratiques professionnelles et les trajectoires des individus. Au départ d’une enquête ethnographique sur la présence des dits “transmigrant·es” ou “migrant·es en transit” à Bruxelles, nous avons observé la fabrique de cette condition dans un contexte de politique migratoire restrictive, l’emploi de cette catégorie dans le discours public et les mécanismes de délégitimation qu’elle engendre, ainsi que l’action collective qui y répond avec des initiatives d’accueil et d’accompagnement au niveau local. Cette analyse nous permettra de décliner la notion de “transit” en tant que : discours politique, condition de ceux et celles qui le subissent ; outil de dissuasion en politique migratoire ; et cadrage de l’action collective et publique au niveau local.