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Les forêts de Białowieża font-elles de l’éthique ? Réflexions à partir de deux récits de crise, les scolytes et les migrants

(2024) International conference New perspectives in plant ethics/ Colloque international Nouvelles perspectives en éthique du végétal — Location: ULB, Bruxelles (2024.May.9AD)

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La forêt de Białowieża est la dernière et seule forêt dite primaire en Europe. Elle est à cheval sur les frontières polonaises et biélorusse. Elle s’est formée il y a dix mille ans, lors de la dernière glaciation, et son histoire particulière fait qu’elle est restée à l'écart de la plupart des influences humaines, lui conférant une haute valeur en naturalité. Dernièrement, deux événements sont venus perturber la routine de la réserve polonaise : la crise des scolytes (à partir de 2016) et la crise des migrants (à partir de 2022). Les scolytes, de leur nom précis Ips Typographys, sont des insectes coléoptères qui appartiennent à la famille des Curclionidae, sous-famille des Scolytidae. Ils mesurent de 4 à 6 mm et sont les principaux insectes ravageurs des épicéas communs (Picea abies). Lorsque les conditions météorologiques leur sont favorables, comme des hivers doux et des printemps chauds et secs, ou encore des épisodes de tempêtes, formant des chablis, les populations de scolytes explosent, car ces conditions stressent les arbres, les rendant plus vulnérables à ces attaques. Si les épisodes d’infestation de scolytes ont toujours existé, leur intensité et leur augmentation s’est fait ressentir dès 2016, année de sécheresse. Il a dès lors été question, en Europe, de crise des scolytes ou encore de crise sanitaire, exprimant par ces termes la mort massive d'épicéas infestés et ses conséquences pour les forêts : évacuation des épicéas infestés par la mise à blanc des parcelles1. Le statut de réserve naturelle de Białowieża protège normalement la forêt de ces évacuations, la naturalité et la régénération naturelle étant privilégiée lors d’épisodes d’infestations. Pourtant, en 2016, le gouvernement polonais permet l’abattage massif d’épicéas scolytés, au grand dam des fonctionnaires UNESCO et des militant·es écologistes. En juin 2022, à Białowieża, un mur de 180 km de 5,5 m de haut, fait de béton, d’acier et de barbelés, équipé de capteurs et détecteurs de mouvements, est dressé afin de contrer le passage de migrant·es. Ils et elles viennent majoritairement d’Afrique et du Moyen-Orient et arrivent en Biélorussie afin de pénétrer en Europe via la Pologne. Une fois à la frontière, les douaniers biélorusses les débarquent en Pologne, en pleine forêt de Białowieża. Ces migrants se retrouvent au milieu d’une forêt primaire avec des bayous, des rivières, des animaux sauvages, le froid et les marécages. Les autorités polonaises ont créé une zone qu’ils ont fermée aux médias et aux ONG et les gardes-frontières ont reçu l’ordre de repousser les réfugiés. Le récent film d’Agnieszka Holland, Green Border, en relate l’horreur des faits2. Par ailleurs, le mur représente une source de fragmentation écologique et forestière et inquiète les naturalistes et les écologistes de la réserve car il empêche la grande faune de déambuler librement, malgré 24 passages prévus à cet effet. La naturalité, tout comme la biodiversité, est gravement menacée. Quelle est la place des forêts de Białowieża lors de ces deux événements ? Ces deux récits posent la forêt soit comme une victime subissant une intense crise sanitaire, soit comme le décor d’une crise plus intense encore car mettant au premier plan l’horreur des conditions de vie de migrant·es sommé·es de se débrouiller seul·es dans la forêt, et, au deuxième plan, l’impossibilité pour la grande faune de s’y déplacer librement. J’aimerais inviter la question de l’éthique à partir de ces deux crises. Que signifierait « faire de l’éthique » à partir du point de vue d’une forêt primaire comme celle de Białowieża, et dans le contexte de deux crises successives qui affectent son sol, ses habitants et sa naturalité ? S’il s’agit de faire valoir la perspective de la forêt, sans doute pourrions-nous discuter de sa potentielle perte d’intégrité, suggérant alors implicitement que la forêt de Białowieża se reconnaît/est reconnue comme une entité agentive, capable de dignité. En prenant cette perspective, je m’inscrirais dans la suite de discussions héritées du libéralisme philosophique, comme le montre Catherine Larrère quand elle commente le texte de Christopher Stone, « Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ? » (2022 (1972), 103-140). Cette perspective est intéressante car elle nous donne des clés de réflexions et des leviers pour inclure les non-humains, animaux et végétaux, comme de possibles sujets politiques et juridiques dans nos réalités et fictions libérales. Or il me semble que ces deux crises, parce qu’elles sont particulièrement violentes et qu’elles entremêlent humains et non-humains, invite à élargir la réflexion vers une éthique multispécifique, qui, selon Thom Van Dooren, « prend au sérieux le fait que toute vie, y compris la vie humaine, prend place dans le cadre de relations fondamentales et constitutives avec d’autres types d’êtres, vivants ou non3 » (2022, 25). Je tâcherai de relire les deux récits de crise en prenant les relations comme point de départ et en m’appuyant pour cela sur les travaux de Veena Das, de Marilyn Strathern et de Donna Haraway. Il s’agira alors de faire valoir les différentes relations se tramant et se nouant entre humains et non-humains au cœur même de la forêt de Białowieża, de manière à en qualifier le caractère éthique.
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Citations

Grandjean, N. (2024). Les forêts de Białowieża font-elles de l’éthique ? Réflexions à partir de deux récits de crise, les scolytes et les migrants. International conference New perspectives in plant ethics/ Colloque international Nouvelles perspectives en éthique du végétal, ULB, Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/259991