(2025) Quelles relations entre l’humain et les animaux au regard des théologies de la création? Lectures bibliques et patristiques — ISBN: [978-2-204-17403-9], p. 119-132, published
À propos du sacrifice et bien que les discussions aillent bon train, la recherche actuelle semble peu encline à s’accorder sur une théorie générale et à proposer une explication définitive. Même sans aller – comme certains – jusqu’à remettre en cause la pertinence du concept même de sacrifice, les questions sur son origine, sa signification, sa nature, sa fonction, sa forme – tous ces termes se déclinant de préférence au pluriel – restent nombreuses. Parmi celles-ci, une au moins rejoint particulièrement le thème de ce colloque : celle de la violence. Si l’on se focalise, en effet, sur le seul sacrifice animal et que l’on accepte de partir provisoirement d’une définition simple et sans doute trop étroite (ou, au contraire, trop large), ce geste peut se comprendre comme « une mise à mort ritualisée d’un être vivant à des fins religieuses » . Pour la plupart de nos contemporains occidentaux vivant dans une société et une culture post-sacrificielles, cette mise à mort induit au minimum une certaine forme de violence ou est considérée, au pire, comme un acte répugnant et barbare. Pourtant, de prime abord, le sacrifice en général et le sacrifice biblique en particulier – parce ce dernier s’adresse à un dieu unique – ne font que mettre en œuvre cette triangulation entre l’animal, l’homme et Dieu que l’argumentaire du colloque présente comme étant le gage d’une relation équilibrée et harmonieuse entre les uns et les autres. Du coup, que se passe-t-il quand un des partenaires du trio (Dieu, l’humain ou l’animal) est négligé ou même évincé ? Un fabricant de trépied n’aurait aucune peine à répondre à cette question. Celui qui s’intéresse aux rites bibliques est davantage tiraillé. Soit il considère que le sacrifice est une expression normale, voire la forme nécessaire et éminente du culte, chacun des partenaires étant à sa place et jouant son rôle : l’humain offre, le vivant non humain est offert et Dieu en est honoré. Soit, au contraire, il juge que cette pratique ne constitue qu’un horrible crime et une perversion extrême de la relation entre les créatures elles-mêmes (humain <–> animal) et entre ces dernières et leur Créateur (humain/animal <–> Dieu) : l’humain pense flatter Dieu en tuant un animal et il croit sanctifier l’animal en le faisant monter vers Dieu, mais dans les deux cas, il se trompe. À ce sujet et entre ces deux extrêmes, la Bible elle-même pourrait d’ailleurs donner l’impression, au lecteur pressé, de ne pas être cohérente et de louvoyer entre l’injonction (Dieu ordonne les sacrifices : Ex 3,18 ; Lv 1–7 ; Dt 12,11 ; 1 S 2,29 ; etc.), la tolérance (Dieu y consent : Gn 8,21 ; Os 6,6 ; Ps 50,8-14) et le rejet (Dieu n’en veut pas et n’en a jamais voulu : Is 1,11 ; Jr 7,22 ; Am 5,25 ; Ps 40,6 ; etc.).
Luciani, D. (2025). Les sacrifices d’animaux dans le Lévitique… et ailleurs. In Élie Ayroulet & Bertrand Pinçon (ed.), Quelles relations entre l’humain et les animaux au regard des théologies de la création? Lectures bibliques et patristiques (p. p. 119-132). Cerf.