Face aux défis systémiques et existentiels posés par le changement climatique, les jeunes articulent des imaginaires politiques qui visent à la fois la survie et la construction de mondes sociaux alternatifs (Taylor, 2004 ; Browne & Diehl, 2019 ; Machin, 2022). Cette contribution analyse ces imaginaires en se concentrant sur deux groupes distincts en Belgique : les jeunes marginalisés participant à Jeunesses Vertes, un dispositif local participatif combinant budget participatif et éducation civique, et les jeunes Activistes climatiques engagés dans des campagnes multiples. Cette recherche repose sur une ethnographie de deux ans dans ces deux contextes, mêlant méthodes sur le terrain et numériques. Elle s’appuie sur un corpus qualitatif diversifié, comprenant des contenus Instagram (réels, publications et stories), des discussions instantanées sur Telegram, des transcriptions d’entretiens de podcast entre Activistes, ainsi que des notes d’observation détaillées lors d’actions physiques telles que des sit-in (Activistes) ou des formations citoyennes aux enjeux environnementaux (Jeunesses Vertes). Cette étude comble une lacune importante dans les recherches sur l’activisme climatique en mettant en dialogue les perspectives des jeunes marginalisés et des Activistes climatiques dits « mainstream » en Belgique (Rebelo et al., 2024). Elle explore les imaginaires politiques portés par ces groupes variés, révélant leur nature complexe et parfois paradoxale. Les Activistes construisent un imaginaire collectif qui combat les récits de désespoir et d’extinction par des efforts tournés vers l’avenir et la responsabilité, ancrés dans des notions de contraintes. En revanche, les jeunes marginalisés de Jeunesses Vertes mettent en avant l’utilité présente et l’action locale, proposant une vision alternative qui remet en cause les paradigmes hégémoniques de croissance à travers la sobriété et l’encapacitation. Si ces deux imaginaires élargissent l’espace discursif pour envisager des futurs climatiques, ils restent paradoxalement contraints par les subjectivités néolibérales et les inégalités structurelles qu’ils cherchent à contester. En définitive, ce travail souligne le pouvoir limité, mais transformateur de ces imaginaires discursifs, en insistant sur leur rôle dans la création de nouvelles possibilités d’agence et d’inclusion dans l’action climatique portée par les jeunes.
Vossen, K. (2025). Les imaginaires politiques en périphérie : la jeunesse en Belgique vers des alternatives climatiques. Journées doctorales en Information et communication, Université Libre de Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/259721