De quoi parle-t-on quand on parle d’« identité européenne », et pourquoi en parle-t-on ? La nécessité d’une identité européenne plus forte semble largement sous-questionnée, en particulier par celles et ceux qui défendent l’intégration européenne, son principe ou son bilan. Pourtant, tout discours sur « l’identité », à quelque niveau que ce soit, est forcément situé (historiquement, socialement, politiquement) et tout le monde n’entend pas la même chose derrière les mots « identité européenne ». Après avoir illustré les difficultés constitutives de toute réflexion sur les identités, celle-ci propose donc de rouvrir certaines questions en s’appuyant à la fois sur les ressources de la sociologie historique et sur celles de la théorie politique : Comment l’idée d’avoir besoin d’une identité européenne plus forte s’est-elle imposée et pourquoi ne va-t-elle pas de soi ? Que doit-elle aux préoccupations grandissantes pour les frontières de l’Europe ? Comment se nouent et se succèdent depuis 30 ans les débats sur la citoyenneté, la démocratie, la légitimité, l’identité et, plus récemment, la « souveraineté » européennes ? Enfin, la construction d’une identité européenne échappe-t-elle au principe national qu’elle est censée contrer ? Pour finir, il s’agira de montrer que l’intérêt pour l’identité européenne ne cesse en tout cas de nous ramener vers l’étude du, ou des, nationalisme(s).