Vers une identité transméditerranéenne ? Comparaison entre deux romans de la postmigration, "L’Art de perdre" d’Alice Zeniter et "La Discrétion" de Faïza Guène

Dehoux, Amaury
(2024) Colloque international “Migrations” — Location: Université de Mons, Belgique (24.January.2024)

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  • Dehoux, AmauryUCLouvain
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La présente contribution vise à proposer une réflexion autour du paradigme transméditerranéen comme manière de penser le roman français de la postmigration d’ascendance maghrébine. Encore peu conceptualisé jusqu’à présent, ce paradigme fait écho à un terme qui, au cours des dernières années, a pris de l’ampleur dans l’étude des littératures francophones : le cadre transatlantique (Clavaron 2019 ; Laborie, Moura et Parizet 2018) qui propose une approche connectée des littératures européennes, africaines et américaines mises en relation par l’Atlantique. Mutatis mutandis, le transméditerranéen autorise à conceptualiser les littératures transaréales (Ette 2016a et b) générées par le croisement de mondes qui s’effectue à travers les migrations méditerranéennes. Pour esquisser les lignes directrices de ce paradigme transméditerranéen, on entend ici comparer L’Art de perdre (2017) d’Alice Zeniter et La Discrétion (2020) de Faïza Guène. Ces deux romans français contemporains partagent en effet la caractéristique d’être écrits par des autrices postmigrantes (Petersen, Schramm et Wiegand 2019), c’est-à-dire par des autrices nées dans un pays, la France, où leurs (grands-)parents ont immigré — ici, en provenance de l’Algérie. De façon significative, dans leurs romans respectifs, Zeniter et Guène mettent justement en scène des sujets postmigrants qui s’attachent à construire l’identité transméditerranéenne initiée par les générations migrantes antérieures. Dans un premier temps, on montrera comment cette identité se révèle incompatible avec le modèle usuel de l’État-nation. Les sujets postmigrants ne peuvent en effet trouver leur place dans un seul pays. Ils se sentent étrangers dans l’Algérie de leurs ancêtres. Ils sont marginalisés en France : en raison de la différence qui leur est prêtée, ils sont exclus de la communauté nationale imaginée (Anderson 1991) — ils continuent à être migrantisés (Petersen, Schramm et Wiegand 2019). Il en résulte une crise de l’identité, thématisée de manière forte dans les deux romans. Dans un second temps, on verra comment la connexion transméditerranéenne devient un moyen de répondre à la crise identitaire. Tout en envisageant leur avenir dans le pays où ils sont nés, les sujets postmigrants des deux romans reconnaissent finalement la nécessité de développer une citoyenneté française flexible (Ong 1999) qui assume ses liens culturels et historiques avec un autre monde. Moteur d’une postmémoire (Hirsch 1997 et 2012) qui continue à les hanter, l’Algérie doit en effet faire l’objet d’une réappropriation par les postmigrants afin qu’ils puissent se construire une identité plus aboutie et assurée dans l’espace français. Par là, ceux-ci tissent des nœuds de mémoire (Rothberg 2010) qui dessinent une histoire familiale transnationale entrant en résonance avec l’histoire connectée de la France et de l’Algérie depuis la colonisation. Dans un troisième et dernier temps, on verra comment, par l’identité mobile et connectée qu’il dessine, le paradigme transméditerranéen permet de penser une société française — voire européenne — postmigrante, c’est-à-dire une société reconfigurée par la migration et par la diversité culturelle que celle-ci suppose (Petersen, Schramm et Wiegand 2019). On s’attachera en particulier à montrer comment l’idée même de littérature nationale doit être repensée, voire dépassée pour intégrer les romans de Zeniter et Guène, ainsi que les identités transméditerranéennes qu’ils figurent.
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Dehoux, A. (2024). Vers une identité transméditerranéenne ? Comparaison entre deux romans de la postmigration, “L’Art de perdre” d’Alice Zeniter et “La Discrétion” de Faïza Guène. Colloque international “Migrations”, Université de Mons, Belgique. https://hdl.handle.net/2078.5/25158