La sociologie historique du politique de Norbert Elias, une histoire sans fin?

(2014) Norbert Elias et l’histoire — Location: Paris, Lycée Henri IV (4.April.2014)

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Cette contribution s’intéresse à la question de l’histoire telle qu’elle se présente dans la sociologie historique du politique d’Elias. Bien que dans la perspective de l’auteur toute sociologie soit forcément historique, et bien que le « politique » ne puisse, eu égard à l’approche généraliste d’Elias, être dissocié des autres dimensions de la vie sociale, nous nous appuierons sur un corpus de textes datant de différentes périodes et traitant plus spécifiquement de la genèse, de l’évolution et du dépassement de l’État sous sa forme nationale. À savoir principalement Über den Prozess der Zivilisation (1939), les Studien über die Deutschen (1989), « Les transformations de l’équilibre ‘nous-je’ » (1987, in La société des individus), « Les pêcheurs dans le Maelström » (in Engagement et distanciation, 1991) ou encore Humana Conditio (1985). Il semble en effet qu’à travers le traitement du devenir de l’État, en ce compris ses aspects plus spéculatifs, Elias s’approche au plus près de la question, ô combien délicate pour lui, du sens et de la fin – du terme et de la finalité – de l’histoire. Pour tout lecteur d’Elias, il apparaît clairement que selon cet auteur, dans l’histoire humaine envisagée sur la longue durée, « l’interdépendance » sociale fait figure de moteur. Littéralement, l’interdépendance explique aussi que le cours de l’histoire est « aveugle » et ne recèle nulle signification ultime et/mais qu’il est, pour partie ou selon certains aspects au moins, « orienté » dans une « direction constante », comme l’attestent le raffinement des mœurs ou le regroupement des hommes dans des entités sans cesse plus englobantes. En même temps, la pluralité des formes de l’interdépendance (matérielles, mais aussi affectives) implique que la fin de l’histoire n’est pas connue d’avance. Toutefois, Elias ne recule pas toujours devant la question, notamment dans ses écrits plus « politiques », où il va jusqu’à évoquer les différentes issues possibles et souhaitables en ce qui concerne la résolution des « contradictions de l’âme et du réseau humains ». Il y va notamment des passages où Elias aborde les questions liées aux relations internationales contemporaines et à leur « barbarie ». On ne peut cependant pas les saisir sans à la fois distinguer et considérer tout ensemble les différentes significations de la « civilisation » qui travaillent son approche sociologique. L’on s’aperçoit alors que la notion recèle une dimension éthique plus ou moins assumée, qui se dessine en creux des Études sur les Allemands et d’autres textes tardifs, assignant peut-être un sens à l’histoire à partir d’un idéal de progrès très partiellement réalisé mais dont pourrait bien dépendre la survie de l’humanité tout entière.
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Citations

Delmotte, F. (2014). La sociologie historique du politique de Norbert Elias, une histoire sans fin? Norbert Elias et l’histoire, Paris, Lycée Henri IV. https://hdl.handle.net/2078.5/249243