Dans cet article, j’invite à réfléchir à la mondialisation du terrorisme non comme un simple déplacement géographique de la violence, mais comme un phénomène révélateur d’un déséquilibre structurel dans l’ordre mondial contemporain. Ce questionnement ne se limite pas à une analyse sécuritaire des menaces globales ; il vise à interroger, en profondeur, le sens politique, symbolique et éthique de l’acte terroriste à l’ère de la globalisation. Je propose de penser le terrorisme comme un langage radical, une forme désespérée de rupture avec un monde perçu comme sourd à la souffrance, fermé à la reconnaissance, imperméable à toute contestation venue des marges. En ce sens, le terrorisme mondialisé n’est pas seulement un effet secondaire de la modernité, mais l’un de ses symptômes internes les plus inquiétants — là où les mécanismes d’exclusion et d’humiliation se retournent en pulsion de destruction. L’un des enjeux majeurs que je soulève est celui de la crise de légitimité de l’ordre international. Face à un système économique et politique globalisé qui proclame des valeurs universelles, mais ne garantit ni la justice ni l’équité, certains acteurs recourent à la violence extrême pour se rendre visibles. Il devient donc crucial de se demander : que révèle cette violence du monde que nous construisons ? Je soutiens que répondre au terrorisme uniquement par la force ou par des dispositifs technocratiques revient à manquer sa dimension fondamentalement politique et existentielle. Il nous faut repenser les catégories classiques de souveraineté, de violence légitime, de sécurité, mais aussi celles de reconnaissance, de dignité, et d’inclusion. Autrement dit, la mondialisation du terrorisme nous confronte à nos propres contradictions globales : elle met au jour les angles morts de nos démocraties, les exclusions générées par le capitalisme mondialisé, et l’impasse d’une gouvernance internationale qui ne parvient pas à faire droit à l’égalité réelle des peuples.
Manwana Sindani, D.-M. (2017). Et si le terrorisme se mondialisait ? Justice et Paix, Revue ensemble des Missionnaires du Verbe Divin, Pâques(3), 17. https://hdl.handle.net/2078.5/245409 (Original work published 2017)