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Pour un renouveau des pratiques chorales du communer démocratique
Est-il encore possible de s’inspirer aujourd’hui des Grecs, de leur intempestivité (au sens nietzschéen du terme), pour inventer de nouvelles formes de la démocratie radicale ? Il semblerait que non, à suivre la déconstruction théorique des idéalisations dont la démocratie athénienne antique continue de faire l’objet, tout autant que les critiques que l’on peut formuler à l’encontre de celles et ceux qui entendent remettre en pratique certaines de ses procédures, comme le tirage au sort, sans avoir conscience du tissage complexe et du temps long dans lequel ce dernier s’insérait. En effet, si, dès l’antiquité, le tirage au sort fut opposé à l’élection (considérée comme aristocratique), cette modalité de désignation des citoyens en charge des magistratures spécifiques (les membres du Conseil, les juges de l’Héliée, etc.) ne pouvait se comprendre que parce que tous les citoyens étaient censés participer activement à l’Assemblée, qui se réunissait environ une fois par semaine pour prendre les décisions les plus importantes (voter les lois, décider de la fondation d’une colonie, des grands travaux d’urbanisme, etc.). Il existait donc une forme d’éducation continue à la politique, étalée sur le temps long de toute une vie adulte de citoyen, qui, seule, pouvait expliquer qu’on estime possible de confier à n’importe lequel d’entre eux la responsabilité de ces magistratures. Mais cette éducation continue à la politique débordait largement le cadre des institutions politiques proprement dites. Elle englobait toute une série d’autres activités, que nous aurions tendance à rejeter en dehors de l’orbe de la politique, comme la participation des citoyens aux chœurs de tragédies, de comédies et de dithyrambes, à l’occasion des Grandes Dionysies d’Athènes. Je voudrais ici défendre l’idée que cette participation chorale était considérée comme une action politique à part entière (praxis), et pas simplement comme sa mise en représentation fictionnelle, fût-elle propédeutique, ni encore moins comme un pur et simple « divertissement ». Je montrerai en quoi Aristote est à la fois en partie responsable de cette disqualification politique de la participation chorale et qu’il nous offre pourtant des ressources pour la penser, à partir de sa théorisation de la notion de « communer » (koinônein). Par ce néologisme, je cherche à rendre compte de la dynamique active d’une création collective du commun, et plus précisément d’un « penser commun » qu’Aristote nomme homonoia, qui ne peut en rien être considéré comme un « produit » distinct de l’activité de sa « production ». Je terminerai en évoquant un cas de recherche-création auquel j’ai participé, visant à réactiver aujourd’hui la puissance politique du chœur citoyen dans une performance basée sur les Perses d’Eschyle, par la metteure en scène allemande Claudia Bosse du theatercombinat de Vienne.
Klimis, S. (2024). Pour un renouveau des pratiques chorales du communer démocratique. Démocratie radicale: généalogie, actualité, ouvertures, Université de Paris Nanterre. https://hdl.handle.net/2078.5/244640