La Belgique connaît depuis son indépendance des remises en question identitaires – certains n’hésitant pas à la qualifier d’« État improbable » – où, dès 1830, flamands et francophones se heurtaient à des questions linguistiques, où catholiques et libéraux se déchiraient dans des « guerres scolaires » tout en s’accordant sur une constitution moderne et libérale, et où la naissance du socialisme confronta les travailleurs aux possédants. La logique des « piliers », aujourd’hui largement dépassée, a clivée l’État belge pendant de longues décennies et a notamment rendu difficile la construction d’une identité culturelle nationale. Ce contexte sociologique explique en partie la frilosité de l’État belge à prendre et à mettre en oeuvre des mesures pour promouvoir une identité culturelle, et partant un patrimoine culturel commun à tous les citoyens du pays. Cela explique aussi pourquoi le fédéralisme est né de demandes culturelles et linguistiques, plus que de demandes économiques. Les compétences en matière culturelle, et plus précisément celle de la protection du patrimoine culturel, permettent de construire une identité autonome et expriment en cela les demandes politiques des entités fédérées.
de Clippele, M.-S. (2025). Droit belge. In Marie Cornu (ed.), Dictionnaire comparé du droit du patrimoine culturel (2 ed., p. p. 54-64). CNRS. https://hdl.handle.net/2078.5/243198