Évolution de la conjonction "vu que" en français. Un cas de "non-grammaticalisation"?

Bolly, Catherine;Degand, Liesbeth
(2010) Colloque Dia sur la variation et le changement en langue (langues romanes) — Location: Gent Universiteit, Belgium (13.September.2010)

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Dans cette communication, nous nous proposons d'étudier, par le biais d'une analyse systématique de données de corpus en diachronie, l'évolution de la locution conjonctive vu que depuis le français préclassique jusqu'au français contemporain. Pour ce faire, nous nous appuierons, d'une part, sur les études préexistantes ayant trait à l'évolution des conjonctions en français (Bat-Zeev Shyldkrot & Kemmer 1988, Bertin 2003) et, d'autre part, sur les études relevant du domaine de la grammaticalisation (Marchello-Nizia 2006). Contrairement aux conjonctions issues du latin qui ont tendance à acquérir une forte valeur polysémique et plurifonctionnelle au cours des siècles, nous formulons l'hypothèse à l'instar de Bertin (2003) que vu que, dont l'origine remonte au Moyen Français, serait peu sensible au changement linguistique et se caractériserait par une stabilité sémantique, formelle et fonctionnelle au cours des siècles. Nous voyons ainsi que la relation sémantique instaurée par vu que dans l'exemple (1) en français préclassique est une relation causale à valeur épistémique de justification de l'opinion du locuteur, tout comme c'est le cas dans l'exemple (2) en français oral contemporain. (1) C'est une cavillation sotte de prendre Corporel pour Visible, veu qu'il oppose le corps à la vertu divine (Préclassique, Essai, Frantext) (2) L1 non / non c’est le même français / j'ai l'impression // vu-que nous autres nous suivons les mêmes règles grammaticales / et autres ç/ c'est le même français (Contemporain, Oral, Valibel) La question qui se pose est dès lors de savoir si cette stabilité diachronique apparente va à l'encontre ou pas du paradigme évolutif qui prévaut dans le domaine de la grammaticalisation pour les marqueurs de discours (Traugott 1997). Par 'grammaticalisation', nous entendons le processus d'évolution linguistique qui voit certaines unités à fonction lexicale (ou moins grammaticale) acquérir une fonction grammaticale (ou plus grammaticale, voire pragmatique). Nous tenterons de répondre à cette question par le biais d'une méthode d’analyse paramétrique et statistique de données de corpus, prenant comme critères d'analyse trois paramètres majeurs en grammaticalisation (Hopper 1991, Lehmann 1995): l'(inter-)subjectification (Traugott à par.), la position syntaxique et la coalescence. Les données de corpus sont principalement issues, pour le français écrit, de la base de données Frantext et, pour le français contemporain oral, du corpus Valibel (Francard et al. 2002). Une attention particulière sera en outre portée à l’influence du type de textes sur l'évolution de vu que. Nous nous centrerons ainsi sur le rapport qu'entretiennent les textes écrits et les textes (pseudo-)oraux dans l'émergence et l'évolution des connecteurs. Les résultats, en termes de fréquence par type de textes, montrent notamment un emploi extrêmement fréquent de la locution conjonctive en français préclassique, presqu'exclusivement dans les essais. À cette fréquence élevée succède un emploi beaucoup plus rare de vu que en français classique, tant à l'écrit que dans les textes (pseudo-)oraux. Au-delà de la question de la grammaticalisation en tant que telle, c’est donc la question de la source (orale ou écrite ?) et de la nature (sémantique, formelle, fonctionnelle ou stylistique ?) du changement linguistique qui sera posée ici.
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Bolly, C., & Degand, L. (2010). Évolution de la conjonction “vu que” en français. Un cas de “non-grammaticalisation”? Colloque Dia sur la variation et le changement en langue (langues romanes), Gent Universiteit, Belgium. https://hdl.handle.net/2078.5/241818