Notre approche s’inscrit dans le cadre de l’analyse des unités de base du discours (BDU), définies comme « the segments that speakers use to build a representation (interpretation) of the discourse, i.e. a kind of “minimal discourse interpretation segments” » (Degand & Simon 2009). Ces unités sont définies sur la base de critères syntaxiques (la délimitation d’unités de rection; Blanche-Benveniste et al. 1990) et de critères prosodiques (la segmentation du discours en unités intonatives majeures; Simon & Mertens 2009). Les unités de base du discours se répartissent de la manière suivante. (i) Les BDU sont définies comme congruentes, ou non marquées, lorsqu’une unité de rection correspond à une unité prosodique majeure ; (ii) les BDU groupées par la syntaxe correspondent à une unité de rection découpée en plusieurs unités prosodiques majeures, tandis que (iii) les BDU groupées par l’intonation correspondent à plusieurs unités de rection regroupées dans une seule unité prosodique. Un cas particulier, (iv) les BDU régulatives, concerne les unités contenant un élément syntaxiquement non régi (par ex. adverbe de phrase, marqueur de discours) et isolé par une frontière prosodique. Dans cette contribution, nous nous intéressons aux éléments situés à l’amorce de ces unités de discours, en faisant l’hypothèse qu’ils interviennent de manière spécifique dans l’organisation informationnelle du discours. Nous les définissions comme suit: (i) éléments syntaxiquement et prosodiquement autonomes (non dépendants), se rapportant discursivement à l’unité qui suit (exemples 1-2); (ii) éléments syntaxiquement non régis et intégrés prosodiquement à l’unité qui suit (ex. 3); (iii) éléments autonomes prosodiquement par rapport à l’élément qui les régit (ex. 4). (1) Madame Fressoz /// il y a deux camps /// en lutte /// dans le monde entier (2) et bien /// euh les gens dans la rue (3) cette impression on l’a depuis le premier jour /// (4) si nous nous renversons le cycle /// alors vous verrez que dans tous les pays il y aura à nouveau des mouvements Notre objectif est de catégoriser ces éléments en périphérie gauche (EPG) selon la fonction discursive qu’ils réalisent (Chafe 1994 : 64): développement du discours (introducteurs de topics, marqueurs métadiscursifs, etc.); interaction entre les participants (et planification du discours); jugements de validité sur l’information transmise (subjectivité, modalisation, etc.). Nous présenterons l’analyse de l’extrait court en français auquel nous avons adjoint un autre échantillon du même locuteur (Jean-Luc Mélenchon) dans une autre situation (discours adressé dans le cadre d’un meeting politique), afin de valider notre hypothèse selon laquelle les unités discursives de base et leurs amorces varient systématiquement selon les genres de discours. Références citées Blanche-Benveniste, C., M. Bilger, Ch. Rouget, K. van den Eynde & P. Mertens. (1990). Le français parlé: études grammaticales. Paris: Éditions du CNRS Chafe, W. L. (1994). Discourse, consciousness, and time. Chicago: University of Chicago Press Degand, L. & A.C. Simon. (2009). Minimal discourse units in spoken French: On the role of syntactic and prosodic units in discourse segmentation. Discours 4. http://discours.revues.org/index.html Simon, A.C. & P. Mertens. (2009). Automatic detection of prosodic boundaries in spoken French. A step towards the identification of basic discourse units. Unpublished Ms, 16 p
Simon, A.-C., Tanguy, N., Van Damme, T., & Degand, L. (2012). Éléments en périphérie gauche des unités de base du discours: quelles formes et quelles fonctions? Colloque Cohérence Discursive et Prosodie, Lille. https://hdl.handle.net/2078.5/241796