Le clinicien et en particulier l’hépatologue seraient fort démunis en l’absence de résultats biologiques. En pratique courante dans la prise en charge de la suspicion d’une atteinte hépatique, ces résultats biologiques occupent une place primordiale, devant même l’examen clinique et les données d’imagerie. Ils ont permis d’affiner la prise en charge de maladies auparavant courantes comme l’hépatite B ou C, de suivre l’évolution des traitements et de rendre même la biopsie hépatique futile dans ces indications. Ils permettent également désormais un diagnostic précis de certaines maladies auto-immunes ne nécessitant plus d’emblée de biopsie systématique dans certaines situations (comme la cholangite biliaire primitive). Ils permettent enfin le diagnostic de maladies hépatiques rares (maladie de Wilson, déficit en alpha1-anti-trypsine…). Cependant, le paysage des maladies hépatiques a profondément changé ces dernières années avec la description puis les cas croissants de maladie stéatosique du foie liés à une dysfonction métabolique (MASLD). Cette affection, évoluant à des degrés divers, est caractérisée par un excès de graisse intra-hépatocytaire, pouvant mener à une inflammation et des dommages cellulaires (on parle alors de stéatohépatite métabolique ou MASH) et in fine à la cirrhose. Cette maladie est en constante augmentation, en parallèle des cas d’obésité, de syndrome métabolique et de diabète de type 2. Alors que la biopsie hépatique était encore fort utilisée dans son diagnostic de certitude ainsi que pour l’estimation de sa sévérité, des données scientifiques robustes permettent de plaider en faveur d’une estimation de la présence et de la sévérité de la maladie en première intention sur base de scores non-invasifs clinico-biologiques, acceptés par les sociétés scientifiques d’endocrinologie et d’hépatologie. Au cours de cet exposé, les avantages et inconvénients du calcul de ces scores seront présentés en insistant sur l’intérêt du calcul automatique du score simple fibrosis-4 (se basant sur l’âge du patient, le taux de plaquettes et le dosage combiné des AST et des ALT) chez les personnes à risque dans un algorithme de dépistage et de prise en charge optimal. En effet, tout comme le calcul de la fonction rénale peut figurer dans le résultat de prise de sang standard et aider le clinicien néphrologue ou autre, le résultat automatique du calcul du score fibrosis-4 (ou FIB-4) peut aussi être implémenté dans la pratique courante, et accompagné d’une brève explication sur le rapport de prise de sang standard, guider le clinicien, médecin généraliste, hépatologue, cardiologue ou endocrinologue dans le dépistage des cas de MASLD sévères et de leur prise en charge.
Lanthier, N. (2024). Évaluation biologique des troubles hépatiques : dialogue entre le biologiste et le clinicien pour une prise en charge optimale. Les 24èmes journées marocaines de biologie clinique, Casablanca, Maroc. https://hdl.handle.net/2078.5/240413