Dans nos sociétés globalisées et normativement plurielles, la question du « faire société » constitue un enjeu majeur. Le rôle de l’école en matière de « socialisation morale » s’en trouve à la fois réaffirmé et questionné quant à la manière de l’incarner. Par rapport aux travaux fondateurs d’Emile Durkheim sur l’éducation morale, le regard posé sur la fonction socialisatrice de l’école nécessite plusieurs déplacements. Cette thèse vise à examiner l’évolution de la socialisation à l’école, à étudier comment elle se recompose de manière effective au sein des établissements. A travers une démarche empirique quantitative (par questionnaire) et qualitative (par focus groups) auprès d’élèves de l’enseignement secondaire belge francophone, elle analyse les arbitrages opérés par les établissements vis-à-vis de la diversité des modèles normatifs, et étudie la façon dont les élèves apparaissent simultanément empreints de l’action socialisatrice de leur école (analyse des effets moraux) et critiques vis-à-vis de cette action (analyse de leur activité réflexive). Elle conduit à souligner l’importance des médiations opérées par les établissements, mais aussi les interdépendances dans lesquelles ils sont pris. Du côté des élèves, elle montre d’une part des expériences socialisatrices contrastées, et d’autre part certaines conceptions et dispositions partagées. Plus largement, analysant le rapport aux valeurs (dimension axiologique), le rapport à la norme (dimension normative) et l’agentivité (dimension politique), elle insiste sur la prise en compte de l’environnement scolaire et social des établissements pour comprendre la façon dont ils opèrent comme échelons de socialisation morale, comme univers normatifs.