Traces, lectures, indices et pas de côté : Jean Rolin et Lawrence au Moyen-Orient

(2024) Colloque international : « Trace et lecture : mémoire, interprétation, imaginaire et création » (Dijon, Université de Bourgogne, — Location: Université de Dion (France) (26.September.2024)

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Nous avons étudié, au cours de cette communication, les rapports de la lecture aux traces, et essayé d’en mesurer les effets, dans le contexte spécifique d’un récit de voyage contemporain, Crac de Jean Rolin (2019), qui relate un voyage réalisé en 2017-2018, au Moyen-Orient, dans les pas de Lawrence. On le sait, aujourd’hui, « la question du voyage est inséparable de celles de la reprise, de la répétition […] : « voyager, c’est désormais redire, répéter, redécouvrir, ressasser » (Moura, 2008, 49). Dans Crac, le mot trace est récurrent et fait partie du projet puisqu’il s’agit explicitement de « retracer » (Rolin, Crac, 2019, 133) le voyage que Lawrence a réalisé en Syrie, en Palestine et au Liban, en 1909, afin d’étudier les châteaux des Croisés. Mais le récit semble s’ouvrir aussi à d’autres traces, à savoir de très nombreux textes, et s’avère en cela un passionnant exercice de lecture. Rolin cite ainsi différents écrits de Lawrence (Les Sept Piliers de la sagesse, sa thèse sur l’architecture militaire des Francs en Europe et au Moyen-Orient, ses lettres traduites par Étiemble, etc.) tout comme une importante littérature critique (des biographies, des articles de journaux, des livres de référence sur les croisades, etc.). Cités, évoqués, mis à distance, comparés ou critiqués, ces nombreux extraits permettent à Rolin de recomposer le voyage de Lawrence mais constituent aussi des traces de lecture car, « avant d’être un “opérateur d’intertextualité”, avant d’être transmise, tronquée, modifiée, réinvestie par d’autres lecteurs […], la citation est une expérience et un geste de lecture » (Minzetanu, 2012, 49), elle fait « retentir la lecture dans l’écriture » (Compagnon, 1979, 27). Cette exploration a enfin été l’occasion, dans la lignée des travaux de Ginzburg, d’observer un art du voyage et du récit qui n’est pas sans rappeler, par certains aspects, le paradigme indiciaire. En effet, en cherchant à découvrir les châteaux décrits par Lawrence, Rolin est amené à se trouver dans des zones de tensions et de guerre. Mais il n’approche pas ces conflits de manière frontale ou directe et se limite le plus souvent à ne relever que quelques détails : « Je m'intéresse plutôt aux à-côtés, aux détails », déclare-t-il lors d’un entretien avec Josyane Savigneau (Le Monde, 20.04.2006). Il décrit ainsi, parmi d’autres, une voie ferrée abandonnée (Crac, 35), des déchets dans le lit d’un torrent (Crac, 159), s’inscrivant indéniablement dans cette lignée des « narrations littéraires documentaires », entre « enquête et récits de voyages », qui privilégient « le hors cadre, le hors-scène » (Ruffel, 2012, 23). Par ce biais, il cultive un art tout personnel : comme le suggère Sébastien Omont à propos d’un autre livre de Rolin, La traversée de Bondoufle (2022), « mis bout à bout, ces détails unis par la phrase, ces parcours en mots de terres incertaines, disent quelque chose de notre monde » (2022). Le détail permet ainsi à Rolin de « déplace[r] ou rétréci[r] la focale », de laisser « affleurer la question des conflits ou des tensions géopolitiques » plutôt que de la dire (Roussigné, 2021) et de proposer dès lors une « implication » singulière : « attentive, désenchantée et inquiète » (André et Sennhauser, 2019, 143).
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Hambursin, O. (2024). Traces, lectures, indices et pas de côté : Jean Rolin et Lawrence au Moyen-Orient. Colloque international : « Trace et lecture : mémoire, interprétation, imaginaire et création » (Dijon, Université de Bourgogne, Université de Dion (France). https://hdl.handle.net/2078.5/233485