"On ira tous au paradis". Que dit la Bible sur le salut des animaux ?

(2024) L’Église et la cause animale. Vers une théologie chrétienne des animaux — ISBN: [978-2-84847-112-9], p. 165-185, published

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La question du salut des animaux dans la Bible est un sujet délicat et complexe et cela pour six raisons au moins. 1) Dans l’un et l’autre Testament, le salut est certes un concept essentiel du langage et de l’expérience bibliques, mais c’est un concept protéiforme et non univoque. Autrement dit, le salut peut advenir sous des formes très variées. 2) Quelles que soient la définition et l’extension qu’on lui donne, ce salut « biblique » semble, de prime abord, assez peu concerner les animaux, lesquels colonisent pourtant assez largement le texte biblique. 3) En outre, et même s’il en venait à inclure les animaux, ce salut est – déjà pour l’homme biblique – plutôt objet d’espérance et de foi que garantie évidente d’un bien possédé et clairement identifié (Mt 10,22 ; Rm 8,24 ; Tt 1,2). En d’autres termes, si l’Écriture nous dévoile si peu sur notre propre salut – au moins en son mode ultime – il n’est pas étonnant que le salut des animaux soit une réalité encore plus nébuleuse. 4) Si l’on se penche, malgré tout, sur ce dossier scripturaire, on se rend vite compte que les rares textes invoqués pour alimenter la discussion sont toujours les mêmes… et ils sont souvent problématiques. 5) De façon plus globale, et pour diverses raisons, la sotériologie n’est pas le domaine privilégié de la recherche et de la littérature éco-théologique . 6) Enfin, à supposer que toutes les indéterminations et toutes les difficultés énumérées dans les points précédents soient levées, il reste que la catégorie « animale » est elle-même très large : quand on parle du « salut des animaux », de quels animaux veut-on parler ? De notre animal de compagnie que l’on a pieusement enterré dans un cimetière dédié à cela ou du moustique qui m’a empêché de dormir cette nuit et que j’ai violemment écrasé contre le mur ? Ces six constats de départ détermineront grosso modo les différentes parties (de longueurs inégales) de mon exposé, lequel ne revendique aucune originalité, mais vise seulement à réunir et à synthétiser les principales pièces d’un dossier qui, à mon humble avis, n’est pas prêt de se refermer. J’ajoute enfin à cette brève introduction, deux derniers préambules méthodologiques : 1) bien qu’il existe une riche tradition théologique et spirituelle concernant le salut des animaux, notamment dans la spiritualité franciscaine et dans le christianisme oriental , je m’efforcerai dans cette brève contribution de m’en tenir strictement et dans une perspective canonique, au seul texte biblique et à son exégèse ; 2) Dans ce corpus biblique, je ne prendrai en compte que des textes qui représentent des animaux réels, laissant de côté le riche domaine des métaphores et des comparaisons animales. Autrement dit, le fait d’apprendre que Dieu, le Saint d’Israël rachète « le vermisseau de Jacob » (les pauvres gens d’Israël ; Is 41,14) ou que l’âme du psalmiste est comme « un oiseau qui s’échappe du filet de l’oiseleur » (Ps 124,7) ne sera pas retenu comme une information pertinente et fiable pour notre enquête sur le salut des animaux. Pour les mêmes raisons, j’ignorerai le riche et symbolique bestiaire des apocalypses .
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Citations

Luciani, D. (2024). “On ira tous au paradis”. Que dit la Bible sur le salut des animaux ? In Éric Charmetant et Estela Torres (ed.), L’Église et la cause animale. Vers une théologie chrétienne des animaux (p. p. 165-185). Éditions Facultés Loyola.