Cet article se propose d’interroger la cinématographie de l’écriture à l’œuvre dans L’Amant de Marguerite Duras et Mémoire de fille d’Annie Ernaux. Il démontre qu’une telle cinématographie se marque par une hypotypose cinématographique s’inspirant de l’aspect visuel de la scène, par une forme neuve de réalisme littéraire s’appuyant sur l’esthétique du (dé)montage et par une écriture neutre et dépouillée mimant l’œil objectif de la caméra. Cette écriture cinématographique noue leur poétique à une dimension politique en ce qu’elle témoigne d’une agentivité féminine en vertu de laquelle les écrivaines se font metteuses en scène d’elles-mêmes et manifestent de ce fait un ressaisissement de soi par le geste d’écriture.
Muller, J. (2023). La cinématographie de l’écriture chez Duras et Ernaux: L’Amant et Mémoire de fille comme chambre noire de l’agentivité. Cahiers Marguerite Duras, 3, 235-264. https://doi.org/10.54563/cahiers-duras.549 (Original work published 2023)